La Fédération
Internationale des Journalistes a dénoncé
aujourd'hui la décision du tribunal d'Alger,
mercredi 20 avril, de rejeter la demande de mise en
liberté provisoire du directeur du quotidien
Le Matin M. Mohamed Benchicou, injustement incarcéré
depuis le 14 juin dernier à la prison d'El Harrach,
banlieue située à l'est de la capitale
du pays. Elle a également fermement protesté
contre la condamnation mardi de quatre autres journalistes
du Matin à des peines de prison ferme.
« Le gouvernement
algérien a lancé une campagne d'acharnement
juridique qui vise à mettre en lambeaux la presse
indépendante » a déclaré
Aidan White. « La compromission du système
judiciaire, face à ces atteintes aux droits des
personnes validées lors de procès désormais
hebdomadaires, attestent tristement de la déliquescence
de l'Etat de droit et de la mise en berne des droits
fondamentaux en Algérie ». La justice algérienne
a décidé de maintenir M. Benchicou en
prison malgré une requête du médecin
de prison qui demandait son hospitalisation. D'après
ses avocats, le directeur de publication du Matin souffre
d'une arthrose cervicale aigue et risque une paralysie
faciale. La plaidoirie de la défense, qui a fait
part des garanties que présente M. Benchicou
pour respecter toute décision restrictive de
la justice, n'a eu aucun écho auprès du
président du tribunal.
Cette nouvelle
qui traduit la volonté réelle du pouvoir
algérien à durcir davantage sa position
à l'égard de la presse indépendante,
a été précédé la
veille, le mardi 19 avril 2005, par une série
de condamnations à la prison ferme de plusieurs
journalistes du quotidien Le Matin, suspendu par les
autorités algériennes depuis le mois de
juillet 2004. Statuant en effet sur deux affaires impliquant
des articles de journalistes dénonçant
l'affairisme de quelques dirigeants politiques et la
mauvaise gestion des deniers de la société
pétrolière Sonatrach durant la période
2001 à 2003, le tribunal a prononcé de
sévères verdicts à leur encontre
ainsi qu'une nouvelle condamnation contre Mohamed Benchicou.
Youssef Rezzoug,
et Yasmine Ferroukhi, ont écopé de trois
mois de prison ferme. Abla Chérif ainsi qu'Hassane
Zerrouky, journaliste à l'Humanité, ont
été condamnés à deux mois
de prison ferme. Mohamed Benchicou, lui, cumule les
deux condamnations, soit cinq mois. Cela alors que la
défense des journalistes a réfuté,
point par point, lors des plaidoiries les diverses accusations.
Par ailleurs, le tribunal a imposé des peines
de prison ferme alors que les parties plaignantes n'avaient
demandé qu'un dinar symbolique de dédommagement.
Les professionnels des médias ainsi que les observateurs
qui ont été informés du pourvoi
en cassation introduit par la défense redoutent
une mise sous mandat de dépôt (l'emprisonnement)
des journalistes lors du procès en appel qui
se tiendra dans les tous prochains jours.
« Ces dérives
d'un régime, on ne peut mieux totalitaire, sont
des signes qui renseignent sur la volonté d'exterminer
et d'étouffer toute voix discordante »,
a déclaré Nadir Benseba, Coordinateur
du centre régional de la FIJ à Alger.
« La voie a été ouverte par le chef
de l'Etat en début d'année via une adresse
aux juges les encourageant à ne pas se laisser
intimider par les écrits des mercenaires de la
plume? », a-t-il ajouté. Le plus troublant
dans ces audiences hebdomadaires, que l'on pourrait
désigner comme « les procès du mardi
», c'est que l'on accuse des journalistes pour
diffamation sans que la partie plaignante apporte des
éléments de preuve en contrepartie.
« Cette
série de procès politiques contre les
journalistes se tient alors que la communauté
des Etats du monde libre observe un silence pour le
moins inexplicable », a déclaré
Aidan White. « Il est urgent que les voix des
démocrates s'élèvent contre ces
violations systématiques des droits fondamentaux
des algériens ».
La Fédération
Internationale des Journalistes appelle l'ensemble de
la communauté internationale à réagir
face à la gravité de la situation de la
presse indépendante en Algérie.
Pour plus d'information
contacter : + 32 2 235 22 06 La FIJ représente
plus de 500 000 journalistes dans plus de 110 pays dans
le monde |