La Fédération
internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)
exprime sa plus grande inquiétude à la
suite des atteintes répétées à
la liberté de la presse de ces dernières
semaines en Algérie.
La FIDH a appris
la décision des autorités algériennes
du 30 juin 2004 de geler provisoirement les activités
de la chaîne sattelite arabe Al-Jazira en Algérie.
Cette décision a été signifiée
par le Ministère de la Culture au correspondant
de la chaîne qatarie à Alger au motif d’une
réorganisation du travail des correspondants
de la presse étrangère en Algérie.
Cette fermeture intervient après la diffusion
le 22 juin dernier d’une émission “Contresens”
où des propos hostiles au régime algérien
auraient été tenus.
Plusieurs organes
de presse privés et journalistes ont récemment
fait l’objet de procédures judiciaires en Algérie
et plusieurs journalistes indépendants ont été
condamnés à des peines de prison ferme.
Ainsi Hafnouai El Ghoul, correspondant de presse du
quotidien El Youm et membre de la Ligue algérienne
de défense des droits de l’Homme (LADDH), membre
de la FIDH en Algérie, est emprisonné
depuis le 24 mai dernier (Cf. Appel urgent de l’Observatoire
pour la protection des défenseurs des droits
de l’Homme du 27 mai 2004) et a été condamné
le 9 juin 2004 à deux mois de prison pour diffamation
pour avoir dénoncé des dysfonctionnements
des services publics à Djelfa. Plusieurs plaintes
en diffamation ont été déposées
contre lui. Mohamed Benchicou, directeur du quotidien
Le Matin et auteur en février 2004 de l’ouvrage
"Bouteflika : une imposture algérienne",
a été condamné le 14 juin 2004
à deux ans de prison fermle et une amende de
20 millions de dinars pour “transfert illégal
de capitaux et infraction au contrôle des changes”,
au terme d’un procès qui a mis en lumière
d’après la LADDH “la confusion du pouvoir exécutif
et du pouvoir judiciaire”. Le Matin qui faisait l’objet
d’un redressement fiscal depuis octobre 2003, a été
mis sous scellés le 21 juin et le siège
a été vendu le 26.
Ali Djerri, directeur
de El Khabar, a été condamné le
20 juin à deux mois de prison ferme par le tribunal
de Constantine pour diffamation. Par ailleurs, Hassan
Bourras, correspondant de plusieurs quoditiens à
El Badayh, G. Lofti à correspondant de Liberté
à Djelfa et Kemel Gaci, journaliste au Soir d’Algérie
font également l’objet de procèdures judiciaires.
La FIDH estime
que ces procédures judiciaires témoignent
d’un véritable harcèlement envers les
journalistes en Algérie visant à faire
taire toute voix critique du régime algérien.
La FIDH considère qu’il s’agit d’atteintes graves
à la liberté d’expression garantie par
les conventions internationales auxquelles l’Algérie
est partie et notamment à l’article 19 du Pacte
international sur les droits civils et politiques. A
cet effet, la FIDH annonce qu’elle saisit le Rapporteur
spécial des Nations unies sur la liberté
d’expression ainsi que le Groupe de travail sur la détention
arbitraire des cas des journalistes emprisonnés
en Algérie.
La FIDH demande
aux autorités algériennes :
de
cesser le harcèlement judiciaire des journalistes
et organes de presse privés ;
de
libérer tous les journalistes emprisonnés ;
de
supprimer les peines de prison pour les délits
de presse ;
La FIDH rappelle
qu’elle n’a pas été autorisée à
se rendre en Algérie depuis juin 2000, en dépit
de l’assurance de la Mission permanente auprès
de l’Office des Nations unies à Genève
de la République algérienne démocratique
et populaire à la FIDH le 7 avril 2003 qu’elle
pourrait s’y rendre. |