Fait inédit
dans l’histoire récente de la presse qui a amorcé
un autre âge de son indépendance : un éditeur
de presse est incarcéré pour des motifs
qui cachent mal leur soubassement politique. Mais est-ce
seulement un éditeur de presse ? Un journaliste
? Un défenseur invétéré
du mouvement citoyen ? L’ami incorrigible des opprimés
? Il y en a heureusement beaucoup parmi ceux-là
qui ont traversé des années autrement
plus noires ou rouges du pays qui ont fait de la prison
pour leurs idées et leur combat, qui ont été
torturés et ne se sont pas relevés des
souffrances et des brimades. En quoi Benchicou en ferait-il
exception ? Voilà une élite sociale qui
n’a de cesse de forcer le journalisme à se débarrasser
des mièvreries anecdotiques pour une information
juste, au-delà même du politique, voilà
un producteur du sens toujours à l’affût
de ses ratés mais aussi de ses réussites,
voilà l’homme, le formateur, le pédagogue
des sources journalistiques, le quêteur du mot
juste et justicier, voilà…le prisonnier, ce journaliste
qui...
Fait inédit
dans l’histoire récente de la presse indépendante
: un journaliste écrit une biographie sur le
parcours politique du président de la République
alors qu’il était sous contrôle judiciaire
pour un délit fictif. Un livre qui serait sans
doute passé inaperçu là ou des
milliers d’ouvrages de ce genre font partie du paysage
médiatique sans que les personnalités
auxquelles on s’intéresse, décédées
ou vivantes ne crient à la diffamation. Quand
elles le font, elles ont recours à la justice
pour le temps que leur plainte prendra.
Fait inédit
dans l’histoire de la presse indépendante : ce
même journaliste, alors sous contrôle judiciaire
et malade s’est épuisé à chercher
de la documentation, entre articles de presse et ouvrages
ayant trait à l’histoire de la guerre de libération
nationale pour, sans insulte, sans aucune ligne qui
fut inventée ou mensongère, écrire
cet ouvrage. A sa sortie, d’autres « biographies
» étaient déjà sur les étals
et leurs auteurs multipliaient les sorties médiatiques.
Mais c’était celle de Benchicou qui, pour avoir
pris le temps et le ton à la hauteur du personnage
qui a fait mouche. Des milliers d’exemplaires vendus
de par le monde, des centaines d’émissions radio
l’ont consacré best- seller de l’année
2004 dans ce genre d’écrit.
Fait inédit
dans l’histoire récente de la presse indépendante
: le livre, comme son auteur, a subi toute sorte de
pression, d’intimidations, de harcèlements. Mais
le bouquin a eu plus de chance que son auteur. Il a
pu déjouer les manœuvres et se vendre là
où les pièges lui étaient tendus,
là où ses nombreux lecteurs étaient
interpellés : à Alger comme à Paris
au 19è siècle Les fleurs du Mal de Baudelaire.
Son auteur, Mohamed Benchicou, n’a pas eu besoin de
gloire, il la hait même. Tant par ses écrits
au quotidien que dans sa conception innovante de pratiquer
un journalisme libéré de la tutelle extra-journalistique.
Son livre a pris des ailes et les siennes furent enchaînées
et jetées en prison. Le prétexte était
tout trouvé. Il fallait traîner dans la
boue l’auteur pour discréditer le livre. Il fallait
à ses détracteurs faire croire qu’il n’est
qu’un malfrat et que, ce faisant, sa plume ne pouvait
être que scélérate. Mais, rien n’y
fit. Les milliers d’Algériens ou d’étrangers
n’ont pas découvert Benchicou dans ces pages,
ni dans ses chroniques, ni même dans ses éditos,
ni encore même à travers Le Matin. Ils
l’ont adopté comme l’enfant terrible de la jeune
presse indépendante car il est tout cela à
la fois, sans barrière, sans cet esprit hautain,
ouvert à tous les journaux y compris ceux qui
ne le portaient pas dans leurs manchettes.
Fait inédit
dans l’histoire récente d’une presse qui doit
son indépendance encore en maturation pour des
hommes de sa trempe, les libertés qu’elle a portées,
défendues, clamées et écrites souvent
d’une manière intempestive, dans l’urgence, sous
la traque et la trique, sont maquillées de vomissures,
huées aussi fort que cet Albatros de Baudelaire.
Tant il est vrai que le temps n’est pas à l’heure
de la censure mais de la SENSURE ( la castration du
sens) de la société algérienne,
de ses producteurs d’idées au profit des «
richesses rentières ». La presse, sans
les idées de Benchicou, sans le combat des Patriotes
contre l’intégrisme, sans l’émergence
du mouvement citoyen devenu national pour dénoncer
l’impunité, sans ce nouveau citoyen qui a appris
la culture de la protesta, que serait-elle ? Un canard
qui aurait barboté sur les rives d’un lac dormant.
Mais, en ce mois d’août 2004, aucune prison émeutière
ne peut avoir raison des idées et des hommes
qui les sèment. Mohamed Benchicou est de ceux-là.
Rachid
MOKHTARI |
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