« Mohamed
Boualem Benchicou, votre demande de mise en liberté
conditionnelle est irrecevable », déclare
le président de l’audience.
Le
couperet est tombé. La sentence du juge a mis
fin aux espoirs de voir Mohamed Benchicou, journaliste
et directeur de publication du quotidien Le Matin, journal
suspendu depuis le 23 juillet 2004, bénéficier
d’une mise en liberté conditionnelle. Espoir
déjà brisé, en partie, par les
deux peines, l’une à deux mois de prison ferme
et l’autre à trois mois, qui lui ont été
infligées par le tribunal d’Alger dans les deux
affaires de diffamation l’opposant, lui et quatre anciens
journalistes du Matin, au ministre de l’Energie et des
Mines, Chakib Khelil, et au milliardaire émirati
Ali Al Shorafa. La demande introduite par ses avocats,
en raison de la dégradation continue de son état
de santé, constatée par le médecin
même (généraliste) de la prison,
s’est avérée une peine perdue. D’aucuns
ne s’attendaient pas à un niet, l’Algérie
n’ayant cessé de chanter, au plan international,
l’humanisme. Humanisme ? C’est sur cette valeur
intrinsèque enracinée dans le cœur des
Algériens que le collectif de la défense
a fondé son espoir d’arriver à obtenir
la mise en liberté conditionnelle de son mandant.
« Nous sommes venus vous demander de faire
sortir Benchicou, en tant que simple citoyen condamné
par votre juridiction, en liberté conditionnelle.
Car un simple citoyen dans son état de santé
actuel ne peut rester en prison. Son bras droit est
touché par une arthrose. Nous sommes inquiets
pour sa santé. C’est ainsi que nous attendons
un jugement habituel et normal de la demande d’un simple
citoyen qui présente à la justice toutes
les garanties nécessaires », a plaidé
Me Miloud Brahim. « L’infirmerie de la prison
a tout fait pour l’aider. Mais, malheureusement, les
moyens dont elle dispose sont limités »,
a souligné Me Benarbia, sollicitant l’esprit
humanitaire de la présente instance. De son côté,
Me Hanoune a rappelé la valeur intellectuelle
de Benchicou, le journaliste, en évoquant sa
grande plume. Me Bourayou s’est demandé devant
le juge pourquoi son mandant est traité différemment.
« Si on ne fait rien pour l’aider, son état
de santé risque d’arriver à un point de
non-retour », a-t-il alerté. Le procureur,
quant à lui, a accepté que Benchicou soit
hospitalisé dans un hôpital public, tout
en incombant la responsabilité de cette procédure
au médecin de la prison. Il récuse, en
revanche, la demande de sa mise en liberté conditionnelle.
Le collectif d’avocats assurant sa défense attend
de prendre connaissance des motivations de cette décision
du juge pour, éventuellement, user des voies
de recours légales. Ayant appris la sentence
de la cour d’Alger, le Comité Benchicou pour
les libertés s’élève avec vigueur
contre ce verdict qualifié d’« infâme ».
« Cette décision est inhumaine, car
elle prive Mohamed Benchicou d’avoir accès aux
soins spécialisés nécessaires pour
les multiples pathologies dont il souffre en milieu
carcéral », est-il écrit dans
le communiqué rendu public hier, avant d’ajouter
qu’il s’agit là d’une « preuve que
le directeur du Matin est la cible d’une justice d’exception ».
Le comité compte tenir une conférence
de presse demain avec le collectif de la défense
de Benchicou.
Mokrane
AÏT-OUARABI |
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