Nous partons
ce matin pour l'Algérie. Un an après son
élection, le président Bouteflika poursuit
sans faiblir, sa mise au pas de la société.
Il a un boulevard devant lui et ceux qui avaient misé
sur sa défaite en avril 2004, en sont aujourd'hui
pour leurs frais. Après sa réélection,
avec la bagatelle de 85% des suffrages, on avait dit
que le risque était qu'il veuille concentrer
tous les pouvoirs entre ses mains. Malheureusement,
on ne s'était pas trompé. Les premières
victimes sont les journalistes, anciens alliés
objectifs, si on peut dire, du pouvoir pendant la sale
guerre. Ils ont payé de leur sang la condamnation
du terrorisme. Mais depuis que la situation s'est normalisée,
ils ont plongé leurs regards ailleurs, et notamment
dans la gestion des affaires publiques. Pour avoir franchi
cette ligne rouge, 5 journalistes du journal "Le
Matin" viennent d'être condamnés à
des peines de prison ferme. Leur patron est incarcéré
depuis 10 mois! et le quotidien vendu aux enchères.
Cette presse algérienne, qui était une
des plus incisives du monde arabe, n'ose plus écrire
le mot de trop, par crainte des représailles.
Le FLN est à
son tour rentré dans le rang, après avoir
tourné le dos à Bouteflika lors de la
dernière présidentielle. Les partisans
de son ancien premier ministre, n'ont eu d'autre choix
que de se démettre ou se soumettre. L'opposition
est muette, elle ne s'est toujours pas remise de sa
défaite. L'armée ne fait plus contrepoids,
elle est sortie du champ. L'union générale
des travailleurs algériens a jeté l'éponge,
les syndicats sont interdits de manifestations, la moindre
émeute se termine par des arrestations et des
condamnations, lourdes. Alors évidemment, quand
vous avez verrouillé à ce point là,
tous les espaces de liberté, il ne reste plus
beaucoup de place pour un contre pouvoir.
Et les
réformes où en sont elles ?
Pas loin. On
a vu le résultat de celle du code de la famille
tant attendue, et si décevante à l'arrivée,
puisque la femme reste sous la tutelle de l'homme. Les
réformes de la justice et du système bancaire
sont en panne. Ce qui freine les investisseurs étrangers,
pourtant appelés à la rescousse tant les
chantiers sont énormes. Et au milieu de tout
cela, la vie quotidienne de l'Algérien ne s'améliore
pas. Pire, l'emploi précaire se généralise
en dépit d'une belle croissance économique.
Il ne demande pourtant pas à leur président
de sortir un lapin de son chapeau, juste de pouvoir
partager un peu de la cagnotte. Le pays n'a jamais été
aussi riche. Il a réalisé près
de 10 milliards de dollars de recettes pétrolières,
au premier trimestre 2005, 37,5 % de plus que l'an dernier.
Mais pour Bouteflika, la grande affaire aujourd'hui
n'est pas là. Ce qu'il veut au plus vite, c'est
son référendum sur la loi d'amnistie générale,
qui inclut les islamistes, mais aussi les forces de
sécurité. Un rapport officiel vient pourtant
de reconnaître 6.146 cas de disparitions dues
à des agents de l'état.
Mais Bouteflika
n'en démordra pas. Il ne s'agit que de dérives
individuelles, et non institutionnelles. En clair :
l'État est responsable mais pas coupable.
Elisabeth
DATH |
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