Y a-t-il place
au festif dans cette Journée mondiale de la liberté
de la presse que le monde célèbre en ce
3 mai ? Il se pourrait, et c’en est même certain,
ailleurs où la liberté de la presse est
une réalité vécue. Chez nous et
dans d’autres pays où se sont érigés
des pouvoirs liberticides, le moment sera inéluctablement
à la solennité, laquelle se voudra raffermissement
d’engagements pris ou expression d’engagements à
prendre pour, du moins empêcher que ne se rétrécisse
davantage le champ de la liberté d’expression.
Se peut-il être
autrement quand dans les geôles d’El-Harrach croupit
depuis près d’une année Mohamed Benchicou
? Se peut-il aussi être autrement devant l’incessant
harcèlement politico-judiciaire qui cible avec
acharnement journalistes et entreprises de presse ?
A eux seuls, ces deux faits suffisent à démentir
et de façon cinglante le discours officiel qui
s’entête à se vouloir lénifiant,
à l’occasion de forums internationaux. Après
quinze années d’existence, la presse écrite
indépendante se retrouve quasiment forcée
au douloureux choix de se taire ou disparaître.
Le pouvoir, en tout cas, de manière franche ou
détournée, décuple l’effort pour
l’astreindre à ces deux périlleuses perspectives.
Ceci, pendant qu’il garde jalousement un monopole étouffant
sur les médias audiovisuels, s’en servant comme
d’un outil de propagande au mépris d’un service
public qu’ils sont censés assumer. Le projet
d’une nouvelle loi organique relative à l’information
ne semble pas porteur d’espoirs quant à un dépassement
de cet ordre établi. En matière d’audiovisuel,
les choses sont parties pour demeurer en l’état,
hormis, bien entendu, le clonage immodéré
de l’Unique. Un clonage dont le pouvoir use, au demeurant,
à satiété, chaque fois qu’il ressent,
ailleurs, la nécessite de s’offrir un interlocuteur.
Il reste donc à la corporation et, au-delà
à l’ensemble de la société, de
trouver les ressorts à même de lui éviter
de subir la fatalité du billot. Le serment fait
à la centaine de confrères martyrs, assassinés
par le terrorisme islamiste, oblige à la poursuite
du combat pour la sauvegarde de cet acquis précieux
qu’est la liberté de la presse. Et quand aucun
journaliste n’est emprisonné ni harcelé
pour ses écrits, nous leur aurons rendu, en ce
temps, le meilleur hommage.
Sofiane
AÏT-IFLIS |
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