Le
Président Bouteflika veut en finir avec Le Matin
avant le lancement de la campagne électorale.
Alors que l’entreprise Le Matin, se soumettant à
la volonté de l’administration des impôts,
venait difficilement de s’acquitter de 45 millions de
dinars représentant 50 % de l’énorme montant
exigé arbitrairement par cette même administration,
et qu’elle s’attendait à recevoir un calendrier
de paiement pour la moitié restant, comme c’est
l’usage envers tout contribuable, l’administration fiscale
décide de frapper par un autre flanc : ce n’est
plus seulement l’entreprise mais son directeur, Mohamed
Benchicou, qui se voit sommé, par une mise en
demeure reçue lundi 1er mars, de régler
avant samedi 6 mars la somme de 39 millions de dinars
sous peine de voir le journal condamné à
l’arrêt.
Passée
cette date, en effet, l’administration fiscale avertit
qu’elle passera à l’action et procédera
à « la fermeture des locaux professionnels
» ainsi qu’à « la saisie des biens
mobiliers » et au « dépôt d’une
plainte ». Il est, bien entendu, difficile de
ne pas faire le lien entre cette décision arbitraire
et les récentes initiatives éditoriales
du journal, parmi lesquelles la publication du livre
Bouteflika : une imposture algérienne qui n’a
pas eu l’heur de plaire au clan présidentiel.
Nous sommes bien en présence d’une riposte revancharde
de l’équipe de Bouteflika qui ne répugne
pas à utiliser l’administration fiscale pour
accomplir la basse besogne. Pour ce faire, le clan présidentiel
ne s’embarrasse pas de scrupules : il piétine
toute la réglementation. La genèse de
cette affaire remonte au 15 octobre 2003, date d’envoi
du premier rôle dont le montant de 92 263 408
DA représentant un redressement fiscal (IBS,
TVA, TAP) sur les exercices 1998 à 2001. Le Matin
a, en son temps, contesté ledit montant en introduisant
un recours auprès de l’administration fiscale
en argumentant le non-fondé des chiffres avancés
par l’administration, et prouvant que le montant du
redressement réel ne saurait en aucun cas dépasser
les 17 000 000 DA. En dépit de tout cela, Le
Matin, qui ne s’estime pas au-dessus des lois et des
devoirs du contribuable algérien, a, toutefois,
choisi de démontrer sa bonne foi en procédant
au règlement des 50 % du montant initial avancé
par les impôts (plus de 45 000 000 DA versés
effectivement à la recette du 1er-Mai) et exigé
par le receveur pour la levée des mesures coercitives
à l’encontre du Matin et l’établissement
d’un calendrier de payement. Une fois un sursis de payement
obtenu, l’administration fiscale a continué son
harcèlement en procédant au blocage de
l’ensemble des comptes bancaires du Matin (ATD) tout
en rajoutant des pénalités de retard d’un
montant de 16 000 000 DA. Ne s’arrêtant pas à
ce stade de harcèlement, les biens mobiliers
et immobiliers ont fait l’objet d’une saisie conservatoire
transformée en saisie exécutoire, un huissier
de justice a été désigné
pour entreprendre la vente desdits biens. Le Pouvoir
cherche l’asphyxie financière du journal : depuis
le 27 août 2003, Le Matin a déboursé
21 milliards de centimes aux imprimeries de l’Etat et
au fisc pour pouvoir reparaître et rester en vie.
Aujourd’hui, il est sans ressources. Devant l’absence
de volonté de l’administration des impôts
à trouver une solution qui garantirait, d’une
part, le recouvrement de sa dette fiscale, la normalisation
et la continuité de l’activité du journal,
d’autre part, ce qui ne serait qu’un traitement tout
à fait normal avec tout contribuable, devant
cet abus donc, Le Matin a introduit une action en référé
auprès du tribunal d’Alger, le verdict devrait
être connu aujourd’hui 3 mars 2004. Anticipant
ladite décision de justice dont elle redoute
qu’elle lui soit défavorable, et alors que toutes
les voies de recours ne sont pas épuisées,
l’administration fiscale, instruite par le pouvoir politique,
a donc décidé d’attaquer vite et fort
en exigeant du directeur du journal une somme dont elle
n’ignore pas qu’elle est impossible à réunir
en six jours. Le Matin est donc sur la voie d’être
bloqué à compter de dimanche 7 mars 2004.
Une conférence de presse est prévue, ce
vendredi 5 mars 2004, à 15 h au siège
du journal, en présence des avocats et des amis
du journal. Une action concertée avec les éditeurs
est en cours. |
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