Après
Hafnaoui Ghoul, c’est à Mohamed Benchicou de
découvrir les « délices »
de la prison. La profession est sous le choc, éditeurs
et journalistes ont compris hier que la liberté
de la presse, dans notre pays, est en sursis.
L’Algérie
est l’un des rares pays au monde, avec l’Iran des mollahs,
la Corée du Nord, Cuba, à se permettre
le luxe de jeter en prison des journalistes pour des
délits de presse. La normalisation, tant affirmée
durant la campagne présidentielle, est en ordre
de marche. L’affaire des bons de caisse, évoquée
hier par le tribunal d’El Harrach, n’est qu’une façade
pour frapper un journaliste, très critique à
l’égard de l’action du président de la
République. L’opinion publique n’est pas dupe
en ce genre de circonstance. Le pouvoir fait payer en
réalité le directeur du Matin pour la
publication de son livre, Bouteflika, une imposture
algérienne, et la ligne du journal qu’il dirige.
Hafnaoui, il y a à peine quelques jours, mais
pour d’autres motifs, a été jeté
au trou... Il a osé s’en prendre à la
mafia locale, à l’incompétence de l’administration...
Le nouvel ordre pour la presse algérienne est
en marche.
D’autres procès
sont programmés, d’autres éditeurs, ou
caricaturistes, des journalistes... L’on s’attend dans
la profession à de nouvelles arrestations de
journalistes. La présence du président
de la République au G8 est très certainement
analysée par les autorités algériennes
comme un encouragement à briser tout élan
démocratique de la presse. Les autorités
algériennes qui n’ont aucune stratégie
de sortie de crise, en dépit des considérables
liquidités financières dont regorgent
les caisses de l’Etat, ont trouvé dans le journaliste
le parfait bouc émissaire. La société
algérienne est traversée par une colère
sourde... Est-ce la faute aux journalistes si l’élite
politique au pouvoir n’arrive pas à redonner
espoir à la jeunesse et aux couches de la population
les plus marginalisées et les plus déshéritées ?
Doit-on, pour apaiser le climat social, mettre en sourdine
les tensions politiques, cacher le terrorisme, ignorer
la pauvreté, la prostitution, le chômage,
la drogue... Bref, revenir à la langue de bois
des années 1970 ? C’est apparemment le vœu
du pouvoir. La liberté de la presse malmenée
toutes ces dernières années est à
présent menacée dans son existence. Les
Algériens doivent le savoir. La machine est mise
en branle.
Omar
BELHOUCHET, directeur du quotidien El Watan. |
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