Nous
avons appris la condamnation de notre confrère
Mohamed Benchicou, directeur du quotidien algérien
Le Matin, à deux ans de prison ferme. Arrêté
au tribunal, comme un vulgaire malfaiteur, sans pouvoir
faire valoir ses droits au recours comme le prévoient
les procédures judiciaires de son pays, il a
été condamné à une peine
de prison de deux ans ferme avec mandat de dépôt
et une amende de 20 millions de DA (200.000 euros).
Cette
condamnation est un mauvais coup porté contre
la liberté d'expression. Un jugement politique,
qui intervient après celui du journaliste Hafnaoui
Ghoul, condamné lui aussi, le 9 juin dernier,
à deux mois de prison ferme, pour avoir révélé
des malversations à Djelfa (sud d’Alger). Lors
du procès qui vient d'avoir lieu à Alger,
aucune preuve n'a pu être produite contre Mohamed
Benchicou. On se souvient en revanche des menaces proférées
par le ministre de l'Intérieur, M Zerhouni, contre
celui qui avait révélé, sur témoignages,
son passé de tortionnaire dans les années
70 : « Le directeur du Matin va le payer »,
a t-il déclaré le 25 août 2003 lors
d’une conférence de presse. Le pouvoir en place
n’a pas oublié que M Benchicou avait publié
un livre intitulé : "Bouteflika, une imposture
algérienne" et qu’il dirige un journal qui
a vigoureusement fait campagne contre la candidature
de M Bouteflika.
Abdelaziz
Bouteflika, qui n’a jamais caché son hostilité
à la liberté de la presse et au multipartisme,
veut ainsi tenir ou museler la presse. Depuis le mois
d’août 2003, les responsables des titres indépendants
ont fait l’objet d’un harcèlement quasi-quotidien
: convocations, interpellations et condamnations de
journalistes à de fortes amendes et à
des peines de prison avec sursis. Suspension de cinq
journaux durant deux semaines - El Khabar, Akher Essaa
et El Fedjr (arabophones), le Matin, le Soir d’Algérie,
Liberté et El Watan (francophones) - sous prétexte
de non-paiement de factures aux imprimeries d’État.
Le nombre de plaintes pour " diffamation ",
" atteinte à la personne du chef de l’État
" ou " à corps constitués ".
contre ces journaux se chiffrent à plus d’une
centaine.
Le
pouvoir algérien reproche particulièrement
au directeur du Matin d’avoir de soutenir les mouvements
citoyens de Kabylie, des Aurès et du Sud et le
combat des femmes pour le droit à la citoyenneté.
On lui a reproché également son soutien
aux démocrates et d’avoir dénoncé
les multiples atteintes aux libertés d’expression
et de la presse, alors que, par ailleurs, le pouvoir
en place noue des relations incestueuses avec les islamistes
radicaux.
URL: http://www.clubpresse.com/lyon/news/191/
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