Tandis que
la pression s’accentue encore sur les journalistes,
des directeurs de journaux algériens se rendent
en France et en Belgique.
Ce mercredi,
une délégation des directeurs de journaux
algériens - El Watan, El Khabar, le Soir d’Algérie
et Liberté - du représentant du Syndicat
des journalistes algériens et de Maître
Ali Yahia Abdenour, président de la LADDH (Ligue
des droits de l’Homme) seront reçus au siège
de l’association Reporter Sans frontière (RSF).
Ils entendent alerter l’opinion française sur
l’affaire de l’emprisonnement de Mohamed Benchicou,
directeur du Matin, et de plusieurs journalistes algériens.
En présence de Mme Benchicou, épouse du
directeur du Matin, ils veulent dénoncer une
" dangereuse dégradation de la liberté
de la presse et les abus de pouvoir des potentats locaux
qui cherchent à faire taire les journalistes
". La même délégation se rendra
jeudi à Bruxelles pour animer une conférence
de presse en présence d’Adnan White, secrétaire
général de la FIJ (Fédération
internationale des journalistes) et alerter la Commission
européenne et le Parlement de Strasbourg en leur
demandant d’agir auprès du pouvoir algérien.
L’Algérie est, en effet, signataire d’un accord
d’association avec l’UE, dont des clauses stipulent
expressément le respect de la liberté
de la presse et d’expression. Paris et Bruxelles sont
donc interpellés.
En France, plusieurs
personnalités ont signé une pétition
exigeant la libération de Mohamed Benchicou et
Hafanoui Ghoul. Parmi elles, Pascal Convert, artiste
et réalisateur du documentaire Mont Valérien,
à la mémoire des fusillés diffusé
dernièrement sur Arte, Henri Alleg, les historiens
Pierre Vidal-Naquet, Mohamed Harbi et Benjamin Stiora,
le directeur de l’IRCAM, le philosophe Bernard Stiegler,
Ernest Pignon-Ernest, ainsi que plusieurs élus
communistes, dont la sénatrice Nicole Borvo,
le maire adjoint de Paris, Pierre Mansat, Paul Euzières,
directeur du festival Transméditerranée...
En Algérie,
après avoir apposé des scellés
sur le siège social du Matin, le pouvoir accentue
son harcèlement à l’endroit des journalistes.
Hafnaoui Ghoul, déjà condamné à
deux mois de prison, a de nouveau comparu, lundi, devant
le tribunal de Djelfa (sud d’Alger) pour diffamation
contre le maire de la ville. Dans un article publié
par le journal arabophone El Youm, le journaliste avait
rapporté que le maire avait menacé "
par armes " des citoyens de la ville. Il a été
condamné à une amende de 200 euros et
à 600 euros de dommages et intérêts.
Le journaliste doit également répondre
de 16 plaintes en diffamation émanant des personnalités
de la ville. " Les journalistes doivent connaître
leurs limites, et nous appliquerons la loi à
l’encontre de ces derniers à chaque fois que
leurs écrits sont jugés diffamatoires
" a expliqué le procureur de la République
aux journalistes locaux qui couvraient le procès.
En clair, ces derniers sont ainsi invités à
se taire et à taire les affaires. Il n’empêche,
les correspondants des différents organes de
presse ont décidé d’organiser des actions
de protestation devant la préfecture, tandis
que la mobilisation en faveur des deux journalistes
emprisonnés se poursuit malgré le silence
des médias publics.
Hassane
ZERROUKY |
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