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Le rappel du charlatan
Les journalistes blasés
et les patrons de presse “étouffés” par la perspicacité,
ne réagissent plus. On regrettait déjà le constat
amer, nous voilà maintenant dans le bon ton : condamner les
abus faits à la profession, s’élever contre les harcèlements
qu’elle subit ou simplement évoquer le vieux débat
sur les délits de presse ne fait plus recette.
Il
paraît même que cela relève de la ringardise.
A voir les pincements de lèvres et les haussements d’épaules
qui répondent aux rares sollicitations de solidarité
encore visibles, on prendrait leurs auteurs pour des extraterrestres
venus perturber la quiétude d’être installés
dans le bonheur éternel. Normal, les fausses mobilisations
parviennent rapidement à leur issue inéluctable :
l’impasse. Il fut un temps, il est vrai où un semblant d’agitation
à la Maison de la presse entretenait une certaine illusion.
Mais personne n’en était
dupe pour une raison très simple. Dans ces rassemblements-contestations,
il y avait tout le monde sauf les... journalistes. On y voyait les
partis politiques les plus organiquement rachitiques et les plus
médiatiquement présents, un mouvement en net déclin
populaire, des avocats en mal de notoriété et des
femmes en crise de perspective. Tout le monde pouvait faire son
numéro sur les escaliers d’El Khabar devenus une tribune
ouverte et les prétextes ne manquaient jamais. Les journalistes,
orphelins d’un syndicat crédible, regardaient avant de s’en
aller pour ne laisser que “les animateurs politiques” faire leur
speech avant de répondre aux questions de quelques stagiaires
chargés de “couvrir l’évènement.” Il y a eu
Benchicou la belle affaire, Beliardouh le supplicié, le correspondant
de Djelfa l’énigmatique, et quelques célébrations
pompeuses. Depuis, plus rien. Les journalistes peuvent toujours
aller en prison pour diffamation, les abus continuent, les harcèlements
judiciaires n’ont jamais cessé mais personne n’en parle en
dehors des journaux concernés qui, dans la plupart des cas,
se contentent d’informer. Salima Tlemçani et Omar Belhouchet qui viennent
d’être condamnés à des peines de prison pour
avoir appelé un charlatan un charlatan en sont la dernière
illustration. Il y a assurément danger sur la presse quand
sa liberté n’est pas dans les choix politiques du pouvoir.
Le danger est encore plus grand quand les journalistes sont incapables
de s’organiser et de se défendre.
Slimane LAOUARI
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mercredi 24 décembre
2008 |