Les
printemps en Kabylie sont rythmés
par la douleur et la colère.
La féroce répression
des événements
du printemps berbère
d’avril 1980 et les meurtrières
émeutes du printemps
noir d’avril 2001 laissent,
en 2009, un sentiment de douloureuses
épreuves. Si les générations
de militants se régénèrent,
la capitalisation des combats
dégénère.
Le Mouvement culturel berbère
fait partie des vieux meubles
en 2009. La défense de
la cause amazighe et la protection
des droits démocratiques
ont déserté les
esprits. Ce sont les relais
locaux du pouvoir politique
qui récupèrent
l’événement, le
vidant de sa substance de contestation
politique. La folklorisation
de la célébration
de ces faits historiques dans
l’Algérie indépendante
est favorisée par des
acteurs politiques et des militants
associatifs qui ont prêté
le flanc.
Le
printemps berbère, qui
en est à sa 29e édition,
est essentiellement fêté
par la direction de la culture
de la wilaya de Tizi Ouzou,
dirigée par Ould Ali
L’hadi, qui a conduit la campagne
électorale du président
Bouteflika à la présidentielle
du 9 avril. Ce cadre de l’exécutif
de wilaya met sur pied un énigmatique
« Mouvement associatif
amazigh » et un mystérieux
« Comité
des activités culturelles
et artistiques de la wilaya
de Tizi Ouzou »
pour organiser « une
semaine de l’amazighité »
à partir d’aujourd’hui
jusqu’au 23 avril dans l’enceinte
de la maison de la culture dont
il est responsable également.
Le programme comprend une série
de conférences qui seront
données par des enseignants
universitaires et des journalistes,
dont on a souligné, pour
certains, le soutien à
la candidature de Bouteflika.
Ainsi, Madjid Benyaou de l’université
Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou
donnera une conférence
sur « La
revendication amazighe et l’Etat-nation »,
Idir Benyounès, directeur
du quotidien La Dépêche
de Kabylie, et Kamel Amarni,
secrétaire général
du Syndicat national des journalistes,
traiteront de « l’apport
de la presse dans le combat
identitaire ».
Mouloud
Lounaouci, ancien militant de
la cause amazighe et ex-cadre
du RCD, est désigné
pour clôturer les 11 conférences
publiques programmées.
Les partis, comme le FFS et
le RCD, qui habituellement prenaient
part aux manifestations à
travers les mouvances du Mouvement
berbère de manière
imposante, paraissent se limiter
à des questions de survie.
L’organisation des archs se
réduit à l’image
singulière de Bélaïd
Abrika. A défaut de manifestations,
de grèves et de marches
populaires, qui mobilisaient
des milliers de manifestants,
la coordination des archs de
Tizi Ouzou lance, pour aujourd’hui,
des invitations personnelles
pour assister cet après-midi
au niveau de leur siège
à une table ronde qui
sera animée par le professeur
Mohand Issad, président
de la Commission d’enquête
sur les événements
du printemps
noir 2001. Ce juriste de renommée
interviendra sur le thème
« Pourquoi l’impunité
et comment pouvoir juger les
assassins des 126 martyrs du
printemps noir 2001 ? »
La
commémoration du 8e anniversaire
du 18 avril, jour où
le lycéen Massinissa
Guermah a été
tué par un gendarme dans
l’enceinte de la brigade à
Beni Douala, qui débute
ce matin à 10h par le
dépôt d’une gerbe
de fleurs sur sa tombe, reste
modeste. Bélaïd
Abrika a expliqué la
raison à El Watan :
« Nous
sommes affaiblis, c’est clair,
comme toutes les organisations
politiques et la société
civile. »
La fatigue est générale.
Le vivier de la protestation
reste l’université. C’est
justement sur la communauté
estudiantine que s’appuie le
Mouvement pour l’autonomie de
la Kabylie (MAK) de Ferthat
M’henni pour organiser des actions
de protestation. Le MAK appelle
à une marche, lundi 20
avril, de l’université
Mouloud Mammeri vers l’ancienne
mairie de la ville de Tizi Ouzou.
Saïd
GADA |
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