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Tafsut n-imazighen / 2009

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Double commémoration du Printemps Amazigh / 20 avril 1980 - Avril 2001 - 20 avril 2009

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Saïd Laïmchi / Portrait d'un militant identitaire

Quand la mémoire parle

Du haut de ses cinquante-neuf ans, ammi Saïd, comme beaucoup l’appellent affectueusement, a toujours la ferveur militante chevillée au corps. Cet homme à la silhouette atypique qu’il promène, au gré des pérégrinations de l’activiste qu’il est toujours resté, emmitouflé dans un burnous qu’il arbore comme un emblème et qu’il ne quitte presque pas, a un dévouement sans faille pour la cause identitaire, un engagement qui a résisté à l’usure du temps, aux sollicitations conjoncturelles. Depuis sa prime jeunesse, Saïd Laïmchi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’est engagé avec fougue et conviction au sein de l’Académie berbère, organisation fondée le 26 juin 1966, à Paris, par Bessaoud Mohand Arav dont il est devenu l’ami et le confident. Avec des mots simples mais empreints de vérité, ammi Saïd effeuille pour nous les pages de sa mémoire. Le récit qu’il fait, en tant que témoin ou partenaire immergé dans certains événements, est un cheminement à travers l’histoire mouvementée «d’une Kabylie souffre-douleur qu’on n’arrête pas d’agresser». Ecoutons-le parler des lendemains de la guerre d’indépendance qu’il a vécus à Alma, son village dans la commune d’Aït Zmenzer, des maquis du FFS, de l’Académie berbère, du fameux épisode des poseurs de bombes qui ont visé le siège du quotidien El Moudjahid en 1975, du Printemps berbère, de tous les faits qui s’en suivront et de certains acteurs qui les ont façonnés.

De la Guerre de Libération nationale, ammi Saïd garde des souvenirs d’enfance qui sont pour beaucoup dans l’éveil politique de ce fils de chahid qui se rappellera de l’image de Krim Belkacem haranguant les foules sur la place centrale de son village. On est en pleine crise de l’été 1962, et Krim Belkacem venait d’entamer la campagne pour la résistance contre le pouvoir de Ben Bella. «J’ai entendu Krim Belkacem déclarer devant la foule que la révolution a été trahie et qu’il faut poursuivre la résistance», se souvient ammi Saïd âgé de 12 ans, à l’époque. Il se souviendra encore du jour où sa mère malade a été malmenée par un soldat de l’ANP dont les éléments ont été envoyés par Ben Bella pour combattre les résistants du FFS. Ses premiers contacts avec Bessaoud M. Arav ont débuté par l’intermédiaire d’un certain Saïd Rami, un ami du village engagé dans les maquis du FFS aux côtés de M. A. Bessaoud qui créera avec d’autres militants et intellectuels comme Taous Amrouche, Mohamed Arkoun et d’autres l’Académie berbère, le 16 juin 1966, à Paris et dont notre interlocuteur deviendra plus tard un activiste actif et assidu au même titre qu’un noyau de militants qui se recrutaient surtout dans les milieux universitaires d’Alger. Le 27 décembre 1975, une bombe ciblera les locaux du quotidien El Moudjahid, à Alger. Une trentaine de militants de l’Académie berbère, la plupart des étudiants, furent arrêtés et condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Smaïl Medjber sera condamné à mort, Haroun Mohamed et Cheradi Hocine écoperont de la prison à perpétuité. Ils seront tous libérés le 5 juillet 1987 suite à une grâce présidentielle. Mais ammi Saïd est formel sur le fait que l’Académie berbère est étrangère à cet attentat. «Bessaoud M. A. nous a tous alertés et mis en garde pour ne pas prendre part à ce complot fomenté par Mouloud Kaouan, un intellectuel qui appartenait à une organisation liée à des officines étrangères.» Par la suite, une répression féroce s’abattra sur tous les militants berbéristes. De nombreux citoyens furent arrêtés pour la simple détention de document ou d’un simple écrit en tifinaghe, témoignera Saïd Laïmchi qui se souviendra des émeutes survenues, à Larbaa-Nath-Irathène, lors de la fête des cerises du début de l’été 1974. Les citoyens de la région qui ont assisté à un gala de variétés ont protesté contre la marginalisation des chanteurs kabyles durant ce gala. La finale de la Coupe d’Algérie ayant opposé le NAHD à la JSK, le 19 juin 1977 au stade du 5-juillet constituera un moment de défiance contre Boumediene qui a été hué par la galerie kabyle, une marche sera organisée dans les rues d’Alger, après le sacre de la JSK. En mars 1978, sur instigation des pouvoirs algérien et marocain, les autorités françaises procéderont à la fermeture de l’Académie berbère et à l’arrestation de Bessaoud M. A. et trois de ses compagnons. Ammi Saïd gardera un contact permanent avec Bessaoud qui, après sa libération, a rejoint sa femme en Angleterre. Le 1er novembre 1997 celui-ci effectuera son retour en Algérie, après d’harassantes démarches que ammi Saïd dit avoir effectuées auprès de l’administration algérienne, tout en louant au passage, tient-il à souligner, «le rôle joué par le Dr Saïd Sadi que j’ai sollicité pour intervenir auprès des responsables pour la délivrance du passeport que les autorités consulaires algériennes à Londres ont refusé de délivrer au fondateur de l’Académie berbère». A cela s’ajoute la mobilisation de collectifs estudiantins d’Alger pour exiger la délivrance du passeport à M. A. Bessaoud. L’ensemble de ces faits ont constitué des étincelles qui vont allumer le brasier du printemps 1980 qui ont donné lieu à une sévère répression policière. Des dizaines de manifestants seront arrêtés et transférés à la prison de Berrouaghia dont 24 émergeront comme étant les artisans et les meneurs du mouvement. Tous seront libérés le 26 juin 1980. Ces événements allaient libérer d’autres initiatives politiques. C’est ainsi que des enfants de chouhada de Tizi-Ouzou décideront de la création de la première association de fils de martyrs de la révolution dénommée Tighri (appel). Ammi Saïd se souviendra que plusieurs réunions clandestines seront organisées au domicile de Nordine Aït Hamouda, en présence de M’henni Ferhat, les deux frères Aït Larbi, A. Falli, Nasser Babouche, Nacer Azzam, Achour Slimani, Rafil Meziane, Ben Chikhoun Rabah, Ali Bekessam et bien d’autres. La relance du mouvement de revendication culturelle et la lutte contre la ghettoïsation de celui-ci sont à la base de l’idée de création de cette organisation qui s’est donnée comme objectifs statutaires, la défense de la mémoire des martyrs et des principes pour lesquels ils se sont sacrifiés, la commémoration des événements marquants de l’histoire de l’Algérie, la participation à l’écriture de la véritable histoire, contribution à la vie culturelle et la prise en charge des problèmes sociaux des ayants droit de chouhada. Une coordination sera créée. D’autres associations du même type seront créées à Naciria (w. de Boumerdès), Alger et Chlef plus tard. La mise en place de cette coordination sera suivie par la création de la première Ligue algérienne de défense des droits de l’homme durant l’été 1985 et dont la présidence sera confiée à Me Ali Yahia Abdennour, à l’initiative des principaux acteurs du MCB, comme Saïd Sadi, Saïd Doumane, Saïd Khelil, About Arezki et autres, ainsi que des fondateurs de l’association Tighri. Bien sûr, ces initiatives n’ont pas été du goût du pouvoir qui a arrêté dix membres parmi les fondateurs de l’association Tighri, le mois de février 1985. Suite à une tentative d’empêchement d’un séminaire sur l’histoire qui s’est tenu à Tizi-Ouzou. L’arrestation des membres de la coordination des associations de fils de chahid d’Alger, Tizi-Ouzou, Naciria, Chlef y interviendra le 5 juillet de la même année. Ils seront transférés à la prison de Berrouaghia. Ali Yahia Abdennour, Hachemi Naït Djoudi, Saïd Sadi, Arezki About, Saïd Doumane, tous membres de la LADDH, seront arrêtés et emprisonnés au pénitencier de Berrouaghia. Ils seront traduits devant la cour de sûreté de l’Etat de Médéa et condamnés pour, essentiellement, atteinte à l’autorité de l’Etat à un changement de régime. La presse gouvernementale de l’époque se déchaînera contre tous ces militants. Sous le titre «un club humaniste», un article d’ Algérie Actualité daté du 18 au 24 juillet s’attaquera avec une rare virulence à ces militants, ciblant particulièrement ceux de la LADDH. Kateb Yacine prendra leur défense dans une tribune publiée sur le journal français Libération du 24-7-1985.

S. A. M.

 

© Le Soir d'Algérie du 20 avril 2009



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