Une
grande partie des acteurs de
la scène culturelle kabyle
et même des anciens animateurs
des différents mouvements
s’inscrivant dans l’historique
lutte de revendication pour
la consécration réelle
de notre culture dans l’Algérie
du XXIe siècle convergent
aujourd’hui vers la nécessité
absolue de produire, d’enseigner
et d’alphabétiser dans
la langue berbère loin
des discours creux et de l’emphase
inutile.
Aujourd’hui,
les acteurs et les noms connus
de la mouvance berbère
sont “sommés” d’aller
dans le sens du pragmatisme
et de se mettre au travail.
Ce qui, il y a quelques années,
s’apparentait à un fonds
de commerce ou une rente, réclame
d’être pris en charge
sérieusement malgré
les prévisibles embûches
et les éventuels impondérables.
Loin de la position confortable
de boute-en-train et des professions
de foi tranquilles et inoffensives,
il importe, chacun dans le domaine
qu’il juge être le sien,
d’aller au charbon, de produire
des livres, des films, des pièces
de théâtre, des
journaux ; de s’associer pour
alphabétiser le maximum
de monde et de travailler pour
mettre fin à la banalisation
qui plane sur l’enseignement
de la langue berbère.
Sans intention de vouloir s’envelopper
d’indus lauriers ni de s’autoproclamer
leader en la matière,
le cahier hebdomadaire que La
Dépêche de Kabylie
a lancé depuis quelques
mois en tamazight répond
à cette logique d’aller
vers l’essentiel, à savoir
présenter un produit
dans la langue des locuteurs
kabyles. L’équipe rédactionnelle
qui s’est assigné une
telle mission abat un travail
titanesque sans pour autant
prétendre à la
perfection. L’heureux événement
fait jonction avec le logo du
journal qui, depuis son lancement
en juin 2002, arbore un beau
“Z” en tamazight qui fait en
même temps office de “K”
en français pour écrire
le mot “Kabylie”. Étant
tout à fait à
sa période d’essai, ce
cahier nous dit pourtant les
vraies attentes des lecteurs
kabylophones, particulièrement
les élèves des
classes en tamazight, qui commencent
à en faire ‘’leur’’ cahier.
De même, les nouveaux
‘’invités’’ du journal
qui y écrivent en tamazight
se font un devoir d’exprimer
sur ce nouvel espace d’autres
préoccupations que les
anciens ronronnements politiciens
et les lamentations traditionnelles
qui justifiaient l’inaction
par des fantomatiques ennemis
qu’il fallait créer à
défaut de les rencontrer.
Pour
nous en tenir spécialement
à ce principe fondamental
de production en tamazight,
force est de constater que les
meilleures énergies qui
se sont investies depuis l’ouverture
démocratique dans ce
créneau- écrire
en tamazight dans la presse-
ont fait face à difficultés
quasi insurmontables, quand
bien même certains animateurs
ont fait carrément dans
le bénévolat.
Des périodiques comme
Izuran, Asalu, L’Hebdo n’Tmurt,
Rivages sont passés comme
des éclairs qui ont eu
quand même le mérite
de nous apprendre qu’avec notre
langue, la communication est
non seulement possible mais
aussi agréable. C’est
presque une thérapie
désaliénante qui
nous réconcilie avec
nous mêmes. En exprimant
certaines réalités
intimes de notre société
avec le “butin de guerre” qu’est
la langue française,
nous courons le risque, comme
nous le signale avec une belle
clairvoyance Mouloud Mammeri,
de devenir des rapporteurs plus
pervertis qu’avertis. Pour se
permettre les pages en tamazight,
le “noyau dur” de la Dépêche
de Kabylie
a
fait montre d’un trésor
de patience nourrie par une
passion sans limites pour la
diffusion de notre langue sur
un support médiatique
très prisé. Un
des animateurs de ces pages
nous apprend qu’il tient surtout
qu’on écrive en tamazight
et non sur tamazight. La différence
est de taille. Si la militance
a conduit des rédacteurs
à écrire des textes
sur le mode de l’épopée–
ravalant certains d’entre eux
à une médiocrité
digne de la langue de bois que
l’on a tant combattue–, le travail
pédagogique que réclament
la revalorisation de cette langue
aujourd’hui et le souci didactique
d’accumuler des corpus exploitables
pour les élèves
et les étudiants font
que tamazight doit être
déclinée dans
son expressivité la plus
directe et la moins ennuyeuse.
Avec ce nouvel acquis, le journal
se donne une autre dimension,
élargit son audience
et contribue, dans les limites
de la vocation et des moyens
du support, au travail de réhabilitation
de la langue amazigh.
Feraoun
dans la langue des siens
Dans
l’entreprise de réhabilitation
de la langue berbère
en général et
du kabyle en particulier, quel
meilleur outil, que l’œuvre
de Mouloud Feraoun, se prête
à l’exercice de traduction
? Certains parlent même
de travail de restitution tant
le texte de Fouroulou “respire”
partout la Kabylie mais aussi
la langue kabyle. Les lecteurs
kabyles du Fils du pauvre ou
des Chemins qui montent se retrouvent
aisément non seulement
en raison des scènes
et tableaux familiers auxquels
ils ont affaire, mais également
en raison d’une langue française
au travers de laquelle défile
en filigrane la langue kabyle
: formules consacrées,
locutions idiomatiques tirées
du terroir et d’autres repères
linguistiques jettent des ponts
entre deux cultures à
la manière de l’écrivain
lui-même situé–
dans un évident déchirement–
à la jonction de deux
mondes, deux civilisations dont
il a voulu être le lien
solidaire. Cette fidèle
dualité lui a valu non
seulement des inimitiés,
mais aussi, fatalement, l’irréparable
verdict
de
l’extrémisme ayant conduit
à l’assassinat de l’écrivain
humaniste. Presque tous les
jeunes kabyles amateurs
de
traductions ont commencé
par les textes de Feraoun. Dans
leur penchant naturel à
rendre Feraoun dans sa langue
maternelle, ils ne se sont pas
encombrés de cours de
traductologie ni de la thèse
académique qui dit traduire,
c’est trahir. Le travail accompli
par Moussa Ould Taleb en traduisant
en kabyle un des piliers de
la littérature algérienne
de langue française a
le grand mérite d’ouvrir
la voie vers cette ‘’restitution’’
légitime de l’univers
de Feraoun, Mammeri, Ouary et,
pourquoi pas, de Dib et Kateb.
Édité en 2004
par le Haut Commissariat à
l’Amazighité, l’ouvrage
de Ould Taleb portant le titre
Mmis n igellil (Le Fils du pauvre)
est présenté dans
une “Tazwert” par Youcef Merahi
du HCA. L’on peut largement
admettre
comme percutante la traduction
dès le moment où
la simplicité et la rigueur
ont visiblement présidé
à cette entreprise. Il
s’agit de taqbaylit timserreht
(kabyle courant) avec une “dose”
gérable et acceptable
de néologismes. Beaucoup
de “traducteurs” sont tombés
dans le travers de l’emploi
excessif de mots nouveaux tirés
d’un lexique en cours de création.
Au
moment où la langue berbère
voit ses importance s’accroître
dans l’institution scolaire
et au moment où les supports
technologiques de la culture
modernes (télévision,
multimédia,…) commencent
à prendre en charge la
culture et la langue berbères,
la production de textes comme
celui de Moussa Ould Taleb revêt
un caractère stratégique.
Il s’agira de fournir à
l’école un support narratif
de qualité en langue
berbère, un domaine très
déficitaire jusque-là,
et de “meubler” les instances
de créations audiovisuelles
en produits littéraires
de fiction.
L’annonce
faite par Bururu
Le
roman Bururu écrit par
Tahar Ould Amar inaugure assurément
une nouvelle étape dans
l’écriture en tamazight,
étape qui essaye de dégager
la littérature amazighe
des pesanteurs imposées
par les circonstances historiques
du combat pour la reconnaissance
de cette culture. En effet,
la naissance de l’écriture
en tamazight n’a pas pu– et
c’est un phénomène
normal dans l’entreprise d’affirmation
identitaire– échapper
aux schémas de revendication
dont le style et la vision ont
indubitablement déteint
sur les œuvres de fiction lesquelles,
moyennant une esthétique
qui leur serait propre, auraient
pu s’imposer en tant que tels.
Ces “péchés mignons’’
de la première génération
des œuvres littéraires
en tamazight sont observés
dans une tendance que certains
critiques appellent l’écriture
“ethnographique” qui confine
parfois au “patrimoine culturel”
ou au folklore dans leur acception
conservatrice ou bien encore
à un discours politique
affadissant l’esthétique
générale des l’écriture.
Avec
Bururu, le lecteur kabylophone
est ainsi invité à
faire un voyage dans la nouvelle
Algérie des années
1990 par le moyen de sa langue
maternelle. Sans fioritures,
cette langue est celle qualifiée
chez nous de “timserreht” (coulante,
fluide). C’est en toute évidence
un choix mûrement réfléchi
du fait que Tahar Ould Amar
a un accès assez poussé
à tous les travaux qui
sont menés actuellement
sur la langue amazighe dont
la néologie. En évitant–
à quelques exceptions
près– l’emploi de mots
nouveaux confectionnés
par les “techniciens” de la
langue, l’écrivain adhère
manifestement à cette
vision qui fait que l’on ne
ressent profondément
le monde et la vie qu’avec les
mots qui ont une histoire dans
notre âme et notre vécu.
La littérature est d’abord
le domaine des sensations où
l’esprit cartésien
a
peu de choses à voir.
Elle obéit plus à
une esthétique personnelle
qu’à une illusoire éthique
générale. Sur
ce plan, l’œuvre de Tahar Ould
Amar a admirablement réussi,
et les échos parvenus
de simples lecteurs et même
de certaines personnalités
activant dans le domaine de
la culture amazighe sont là
non seulement pour témoigner
que Bururu est une œuvre accomplie,
mais aussi pour exprimer au
grand jour certains manques,
voire même certaines maladresses
qui ont prévalu jusqu’ici
dans le domaine de l’écriture
littéraire en tamazight.
Le
thème abordé par
l’auteur rejoint à peu
près les mêmes
préoccupations qui ont
présidé au choix
des mots. C’est même une
relation dialectique qui s’établit
entre les deux. En effet, c’est
en kabyle que Tahar nous introduit
dans les maquis islamistes où
des acteurs, nonobstant le fait
qu’ils portent des armes et
vivent dans la clandestinité,
portent aussi les séquelles
d’une brisure dans la vie, des
attaches humaines que les circonstances
politiques de l’époque
ont perverties et de confus
idéaux qui, en fin de
compte, rejoignent l’entreprise
de recherche de soi. L’auteur,
en nous laissant plonger dans
les dédales des aventures
qui se passent à Alger,
dans certains pays européens
et surtout dans les maquis terroristes,
réussit l’exploit de
ne pas nous encombrer de “politique”.
C’est plutôt l’aventure
humaine qui prime, et c’est
la littérature qui en
sort grandie. On se surprend
alors à admettre facilement
qu’un écrivain en kabyle
nous raconte les réalités
de chaque jour, sans s’appuyer
sur le folklore ni faire séjourner
longtemps ses personnages en
Kabylie. Cette langue suave
de nos mères a pu rendre
la vie grouillante et désespérée
des cités, pénétrer
les casemates de Zbarbar, transmettre
l’atmosphère de certaines
places d’Europe et narrer l’idylle
inachevée de deux personnages
marqués puissamment par
le destin.
Le
roman de Ould Amar a obtenu
le prix Apulée de l’écriture
en tamazight décerné
par la Bibliothèque nationale.
C’est une autre preuve que le
message commence à être
décrypté ; message
non seulement d’une modernité
littéraire dont a grandement
besoin la littérature
amazighe, mais aussi message
adressé aux écoles
qui dispensent les cours de
tamazight depuis quelques années
sans être fixées
d’une façon rationnelle
sur les textes de lecture qui
devraient servir de
supports
didactiques. Les enseignants
ont certainement là un
joyau à exploiter au
grand bonheur des élèves.
Une belle victoire qui mérite
plus qu’un prix. Elle mérite
d’être suivie par d’autres
productions qui consacreront
d’une façon éclatante
l’émergence de la littérature
amazighe. L’école algérienne
qui, depuis quelques années,
dispense des cours de tamazight
dans certains de ses établissements,
n’est pas en droit de rater
ces petits pas de géant
que sont en train de réaliser
les passionnés des lettres
amazighs. Quels que soient les
éloges de la presse et
les louanges de la critique,
le seul canal qui puisse assurer
diffusion, assimilation et même
“intériorisation” du
texte écrit en berbère
demeurera l’école. À
son tour, le texte assurera
vie, sensibilité et pédagogie
au cours de langue, de grammaire
ou d’expression. La littérature
berbère est maintenant
en droit d’attendre ses revues
de critique et des émission
de vulgarisation et de critique
littéraire à la
télévision en
plus des comptes-rendus de presse.
Chants
berbères de Kabylie :
œuvre pionnière
Jean
Amrouche fait partie de ceux
qui, avec sa sœur Taos, ont
préparé le terrain
à la prise de conscience
berbère qui se produira
d’une façon fulgurante
dans les années 1970
et 1980. Né en 1906 à
Ighil Ali (Béjaïa),
il meurt le 16 avril 1962, soit
près d’un mois après
l’indépendance.
Écrivain
francophone accompli, Jean Amrouche
parle de “monstres culturels”
pour définir sa condition
double d’héritier de
la culture kabyle et d’intellectuel
français, de religion
chrétienne et de famille
élargie musulmane, de
créateur qui tient à
la fois de l’art poétique
berbère
et de la littérature
internationale, comme le rappelle
l’analyste Daniela Merolla.
Mais, comme il l’avouera plus
tard, il ne sait pleurer qu’en
berbère. C’est la langue
des intimes profondeurs et de
l’insondable moi. C’est pourquoi
il a eu une oreille attentive
aux légendes, poésies
et récits que lui a transmises,
de façon naturelle et
spontanée, sa mère,
Fadhma Ath Mansour Amrouche.
Sur ce plan, Jean El Mouhoub
constituera le complément
incontournable de sa sœur, Taous.
Son livre intitulé chants
berbères de Kabylie (1939)
constitue l’une des premières
entreprises de la réhabilitation
de la culture orale. Il inspirera
beaucoup d’autres écrivains
pour rechercher à leur
tour des pans de culture ensevelis
sous la patine des siècles.
Ces chants recueillis de sa
mère matérialisent
quelque part ce lien filial,
affectueux avec la mère
considérée comme
un des maillons de la longue
chaîne des aèdes
de Kabylie. “Je ne saurai pas
dire le pouvoir d’ébranlement
de sa voix, sa vertu d’incantation”,
dit-il à propos de Fadhma
Ath Mansour. Il ajoute : “Mais,
avant que j’eusse distingué
dans ces chants la voix d’un
peuple d’ombres et de vivants,
la voix d’une terre et d’un
ciel, ils étaient pour
moi le mode d’expression singulier,
la langue personnelle de ma
mère”. Poésie
souvent anonyme, dite dans des
circonstances particulières
de la vie dure et austère
des habitants de Kabylie, ces
Chants ont pu trouver le creuset
fertile dans la sensibilité
et la plume de Jean El Mouhoub
qui en a fait un bréviaire
précieux en traduction
française. "(Ma
mère) chante à
peine pour elle-même ;
elle chante surtout pour endormir
et raviver perpétuellement
une douleur d’autant plus douce
qu’elle est sans remède,
intimement unie au rythme des
gorgées de mort qu’elle
aspire.
C’est
la voix de ma mère, me
direz-vous, et il est naturel
que j’en sois obsédé
et qu’elle éveille en
moi les échos assoupis
de mon enfance, ou les interminables
semaines durant lesquelles nous
nous heurtions quotidiennement
à l’absence, à
l’exil, ou à la mort",
avoue Jean El Mouhoub. En introduction
à la réédition
de “Chants berbères de
Kabylie” dans ses deux versions
kabyle et française,
Tassadit Yacine écrit
: “Publier donc la version originale
de ces textes, c’est à
coup sûr réaliser
le vœu profond du poète,
de celle qui les lui a dictés
et, par-delà eux, celui
des hommes et des femmes pour
qui ces musiques et ces rythmes
sonnent comme l’écho
des voix profondes sans lesquelles
ils ne seraient pas ce qu’ils
sont”.
Une
modernité émergeant
du fond des âges
Dans
le panorama des hommes et des
femmes qui ont contribué
au combat pour la culture berbère,
Mouloud Mammeri occupe une place
exceptionnelle. Dépassant
sa condition d’écrivain-romancier
de langue française,
il sera l’intellectuel par excellence
dont l’objet de recherche demeure
la voix et la voie des ancêtres
de la tamazgha (Berbérie).
Plus loin que ces efforts de
recherche, Mammeri développe
un projet de réhabilitation
de notre culture, sorte de projet
civilisationnel à l’échelle
de tout un peuple. Après
les articles qui relèvent
de l’anthropologie culturelle
publiés dans diverses
revues pendant la période
1940-1960, Mammeri, dans le
sillage du cours de berbère
qu’il assurait jusqu’en 1974
à l’Université
d’Alger, publiera une grammaire
berbère (Tajarrumt) et
aménagera l’alphabet
latin pour s’en servir dans
l’écriture du berbère.
Cette écriture, Tamaâmrit,
aura tout de suite les faveurs
de la jeunesse kabyle qui l’adoptera
définitivement…dans la
clandestinité.
Trois
ouvrages de l’auteur feront
remonter du fond de l’histoire
le patrimoine kabyle oral, et
ce sera une véritable
révolution dans les milieux
culturels et universitaires.
Par l’intermédiaire d’autres
porteurs de messages de revendication,
le contenu de ces livres connaîtra
un destin particulier par une
diffusion exceptionnelle.
En
effet, la matière de
“Les Poèmes de Si Mohand”
(1969), “Poèmes kabyles
anciens’’ (1979) et “Cheikh
Mohand a dit” (1989), ouvrages
qui ont coûté plusieurs
dizaines d’années de
travail, a atterri pratiquement
dans tous les foyers et chaumières
de la Kabylie.
Dans
toutes les tribunes qu’il lui
sont offertes ou qu’il a arrachées,
Mammeri se fera le défenseur
impénitent de la culture
berbère. Il le fait dans
la sérénité,
avec des arguments scientifiques
de poids et une honnêteté
sans faille.
En
voulant réhabiliter la
culture berbère, Mammeri
est convaincu qu’il s’inscrit
dans l’universalité.
En
réponse à une
question de l’intellectuel Abdallah
Mazouni, Mammeri affirme "Ce
que vous appelez ma berbérité
fait justement la profondeur
de mon algérianité.
Je crois profondément
aux valeurs universelles et
je crois aussi que le meilleur
citoyen du monde est d’abord
celui qui est profondément
ancré dans un coin de
cette terre où les hommes
ont une couleur de cheveux,
un timbre de voix, une teinte
de rêve, un poids de sentiments
et quelquefois hélas,
de préjugés. Être
fidèle au meilleur de
soi-même est la bonne
façon d’être fidèle
aussi aux autres (...).
Croire
que nos passions et nos idéaux
sont irrémédiablement
liés à l’usage
d’une langue, c’est justement
tomber dans le piège
de ceux qui, naguère,
voulaient nous nier, c’est faire
de ce que nous pensons et éprouvons
des réalités d’ordre
ethnographiques, des objets
morts de musées, c’est
nous classifier et nous couper,
par là, même de
la grande famille des hommes.
Je m’inscris en faux contre
cette vision aussi rétrograde,
aussi peu digne d’une culture
véritable, qu’elle soit
occidentale, islamique, chinoise
ou indoue.
Ce
qui arrive de profond aux hommes,
en quelque endroit de la terre
qu’ils se trouvent, intéresse
tous les hommes”.
Rappelons
que Mammeri est l’homme par
qui l’étincelle d’avril
1980 s’alluma. Le 10 mars 1980,
étant invité à
donner une conférence
sur le dernier livre qu’il venait
de publier chez Maspero, “Poèmes
kabyles anciens”,
il
sera intercepté par un
barrage de police à 3
km avant Tizi Ouzou. La wali
justifiera ce geste en disant
que cette conférence
risquait de… porter atteinte
à l’ordre public !
Amar NAÏT
MESSAOUD |
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