Toujours
au service des causes justes,
Mohand Loukad, ancien militant
berbériste, revient dans
ce bref entretien sur la revendication
amazighe et les questions qui
l’entourent. Il évoque
aussi les événements
tragiques du Printemps 2001.
Pour M. Loukad, même si
les militants des années
80 se sont retrouvés
éparpillés dans
les différentes formations
politiques tels le FFS, le RCD,
le MAK… "ils restent agissants"
et activent toujours.
La
Dépêche de Kabylie
: 29 ans après le Printemps
berbère, 9 ans après
les douloureux événements
du Printemps noir, quel bilan
tiriez-vous de ces années
de combat pour l’amazighité
?
Mohand
Loukad :
Je vous remercie de votre obligeance.
J’ai été parmi
les premiers à venir
apporter mon soutien et ma modeste
expérience à la
Dépêche de Kabylie
naissante. Malheureusement des
vents contraires ont brisé
cet élan spontané
et désintéressé.
Il n’est pas nécessaire
de s’étendre sur ce sujet
ici et maintenant. Comme vous
le dites si bien, il y a 29
ans que la question de tamaziht
s’est posée publiquement.
Depuis, elle est réitérée
pacifiquement à chacun
de ses anniversaires. Le pouvoir
algérien se complaît
dans cette situation qui lui
paraît normale et gérable.
De notre côté,
nous estimons insuffisante la
prise en charge par l’Etat de
tamazight. Il n’y pas d’autres
statuts pour notre langue que
celui de langue nationale et
officielle. Pour ce qui est
des événements
du Printemps noir, j’habite
Azazga, une ville qui a payé
le vendredi 26 avril 2001 un
tribut de chair de 6 jeunes.
La ville entière était
atterrée, la solidarité
s’est organisée et nous
avons enterré seuls nos
morts. Il n’y a eu aucun officiel
pour tendre la main ou apporter
un quelconque soutien. Le deuil
et la consternation sont aujourd’hui
encore dans le cœur de chacun
des citoyens. Dans de telles
conditions, le deuil persiste,
la rancœur aussi tant que justice
n’est pas rendue pour apaiser
les peines et refouler tous
les ressentiments.
Sur
le plan des acquis, tamazight
a-t-elle gagné du terrain
depuis ?
Non.
Elle en a perdu. Si on considère
que la création du HCA
est une avancée, je dirai
oui tout en laissant la parole
aux cadres sincères qui
l’animent et qui sont muselés.
Comment peut-on croire un seul
instant que cet établissement
qui relève théoriquement
de la présidence de la
République puisse fonctionner
? Puisque c’est de là
que tous les blocages émanent.
Les
anciens militants berbéristes
ont, dans leur majorité,
rejoint les partis politiques
juste après l’ouverture
démocratique de 1989,
ces partis ont-ils porté
la revendication de toute la
Kabylie ou l’ont-ils instrumentalisé
pour d’autres fins, autres que
celles recherchées avant
par les animateurs du mouvement
?
Personnellement,
je suis fier d’avoir été
un membre fondateur du RCD.
Je souhaite à ce parti
une longue vie. Oui, notre éparpillement
dans les partis ne signifie
pas une extinction. Bien au
contraire. Nous sommes agissants
au MAK, au RCD, au FFS et dans
d’autres structures. Je salue
à cette occasion tous
nos militants qui ne peuvent
s’exprimer et qui ont le sentiment
d’être
abandonnés.
Je sais qu’ils sont là,
qu’ils ne demandent qu’à
agir et nous nous sommes donné
rendez-vous pour le 20 avril.
Bouteflika
a promis un haut conseil et
une académie pour la
langue et culture amazighes,
selon vous, ces deux acquis
constituent-ils une avancée
pour le combat ?
Avant
de vous répondre, je
m’excuse auprès de vous,
M. Mouloudj. Il n’y a qu’une
réponse à votre
question. M. Bouteflika a donné
sa parole pour recevoir Enrico
Macias qui en a exprimé
le désir ardent de revoir
sa terre natale. Q’en est-il
aujourd’hui ?
Vous
avez chanté avec Ferhat
Imazighen Imula dans la célèbre
chanson aâettar, racontez-nous,
un peu, cette période
?
Cette
chanson de Ferhat ou de Imazighen
Imula, a été une
production spontanée
au
service
de notre patrimoine culturel.
Elle date de 1973. Je vous remercie
de l’avoir évoquée.
Nos militants et tous les Kabyles
savent qu’elle leur est dédiée,
assa d uzekka. Elle reste une
preuve supplémentaire
que Ferhat Mehenni et le MAK
ont dévoué leur
existence pour la paix et à
la solidarité de notre
Algérie et de à
notre Kabylie que nous portons
dans nos cœurs
indéfiniment.
Propos
recueillis par:
Mohamed
MOULOUDJ |