AccueilBenchicouKabylieArticlesPoèmesLittératureAlbumLiens

Le livre d'orE-mailChatForum

 

 


Tafsut n-imazighen / 2009

                      version imprimable

                    version imprimable

 

Double commémoration du Printemps Amazigh / 20 avril 1980 - Avril 2001 - 20 avril 2009

    ARCHIVES

      2008

      2007

    2006


 

Centre national de standardisation et d'aménagement de la langue amazigh

Un nain pour une mission de géant

Un nain pour une mission de géant, ce n’est pas le moindre des paradoxes de la conception et du fonctionnement des institutions de l’Etat algérien, à en croire le professeur Dourari qui donnait une conférence à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, dans le cadre de la semaine de l’amazighité, inaugurée le samedi 18 avril.

Créé par le décret 03/470 du 2 décembre 2003, ce centre, qui vient couronner des décennies de lutte pour la reconnaissance de la langue tamazight, est aussi et surtout une «réponse logique et positive», selon le conférencier, aux évènements du Printemps noir de Kabylie. Il aura fallu attendre, quand même, le 25 février 2007 pour qu’un arrêté interministériel vienne préciser les aspects ne figurant pas dans le décret de création. Le conférencier, qui parlait de l’institution qu’il préside depuis décembre 2005, a mis en parallèle les missions pédagogiques colossales assignées au centre et les moyens matériels, humains et financiers dérisoires. Le tout complété par une administration squelettique et un statut juridique bloquant aboutissant au paradoxe souligné dans le titre du présent article, création d’un nain pour une mission de géant. C’est, en effet, un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle du ministère de l’Education nationale, donc non concerné, contrairement à sa mission de centre de recherche, par les textes régissant la recherche scientifique du ministère de l’Enseignement supérieur. Installé à la tête du centre deux ans après sa création, son directeur, le seul chercheur en fonction, a passé près d’une année comme chef de chantier en vue de donner au hangar attribué en juillet 2005, en tant que siège, les contours d’une institution pédagogique fonctionnelle. Du fait de ce handicap de départ, les six antennes régionales prévues par les textes n’ont pas pu voir le jour et le centre ne peut pas recruter des chercheurs résidant notamment en Kabylie et à l’étranger avec 2 000 DA de prime de recherche. Les chercheurs existent en Kabylie et à l’étranger. Il y en a une centaine uniquement aux Etats-Unis d’Amérique, déclare le professeur Dourari, mais il faut les motiver pour collaborer à la réussite des objectifs du centre, a-t-il suggéré. En tant qu’EPA placé de surcroît sous la tutelle du ministère de l’Education, le centre n’a pas les moyens de négocier ses projets, souligne, encore le conférencier, recommandant la création d’une institution qui pourrait être l’académie rattachée à la présidence, dotée donc de prérogatives lui permettant de faire aboutir ses projets. Soulignant par analogie la différence de prise en charge de la langue tamazight chez nous et au Maroc, il fait une comparaison édifiante entre les moyens mis à la disposition du centre qu’il dirige et ceux alloués à l’IRCAM, institut royal chargé de tamazight, où chacun de ses 19 centres possède plus de moyens que notre centre national. Comme on peut s’en rendre compte à la lecture de ce qui précède, il n’est pas nécessaire que le conférencier émette des jugements ou exprime des avis personnels, se contentant de décrire l’état des lieux, pour comprendre que le pouvoir retire d’une main ce qu’il feint de donner de l’autre. Les faits ci-dessus rapportés illustrent de façon éloquente le peu d’empressement, voire la mauvaise volonté politique du pouvoir d’aboutir dans le domaine de la standardisation et de l’aménagement de la langue tamazight. De fait, ce centre, que d’aucuns présentent comme un geste d’apaisement vis-à-vis des émeutes qui ont ensanglanté la Kabylie deux ans auparavant, ressemble, à quelque chose près, au HCA, créé, lui aussi, au bout d’une année de boycott scolaire, qui, bien que rattaché à la présidence, rencontre tous les obstacles possibles et imaginables pour accomplir sa mission officielle. On se demande, dans ces conditions, comment faire avancer, politiquement parlant, la langue tamazight en la faisant sortir de la rue comme le suggère le conférencier, sachant qu’aucune avancée de la question n’a pu être réalisée, contrairement à la propagande électorale des soutiens de Bouteflika, sans lutte sociale, souvent violente voire même sanglante. Les scientifiques ont aussi besoin de la prise de conscience collective et de luttes politiques et sociales pour que le résultat de leurs recherches ait l’impact recherché sur le corps social et contribue à faire avancer la société.

B. T.

 

© Le Soir d'Algérie du 20 avril 2009



Copyright © 2004 - www.ziane-online.com

By Namo Interactive Inc.
All Rights Reserved.