Un
nain pour une mission de géant,
ce n’est pas le moindre des
paradoxes de la conception et
du fonctionnement des institutions
de l’Etat algérien, à
en croire le professeur Dourari
qui donnait une conférence
à la maison de la culture
Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou,
dans le cadre de la semaine
de l’amazighité, inaugurée
le samedi 18 avril.
Créé
par le décret 03/470
du 2 décembre 2003, ce
centre, qui vient couronner
des décennies de lutte
pour la reconnaissance de la
langue tamazight, est aussi
et surtout une «réponse
logique et positive»,
selon le conférencier,
aux évènements
du Printemps noir de Kabylie.
Il aura fallu attendre, quand
même, le 25 février
2007 pour qu’un arrêté
interministériel vienne
préciser les aspects
ne figurant pas dans le décret
de création. Le conférencier,
qui parlait de l’institution
qu’il préside depuis
décembre 2005, a mis
en parallèle les missions
pédagogiques colossales
assignées au centre et
les moyens matériels,
humains et financiers dérisoires.
Le tout complété
par une administration squelettique
et un statut juridique bloquant
aboutissant au paradoxe souligné
dans le titre du présent
article, création d’un
nain pour une mission de géant.
C’est, en effet, un établissement
public à caractère
administratif placé sous
la tutelle du ministère
de l’Education nationale, donc
non concerné, contrairement
à sa mission de centre
de recherche, par les textes
régissant la recherche
scientifique du ministère
de l’Enseignement supérieur.
Installé à la
tête du centre deux ans
après sa création,
son directeur, le seul chercheur
en fonction, a passé
près d’une année
comme chef de chantier en vue
de donner au hangar attribué
en juillet 2005, en tant que
siège, les contours d’une
institution pédagogique
fonctionnelle. Du fait de ce
handicap de départ, les
six antennes régionales
prévues par les textes
n’ont pas pu voir le jour et
le centre ne peut pas recruter
des chercheurs résidant
notamment en Kabylie et à
l’étranger avec 2 000
DA de prime de recherche. Les
chercheurs existent en Kabylie
et à l’étranger.
Il y en a une centaine uniquement
aux Etats-Unis d’Amérique,
déclare le professeur
Dourari, mais il faut les motiver
pour collaborer à la
réussite des objectifs
du centre, a-t-il suggéré.
En tant qu’EPA placé
de surcroît sous la tutelle
du ministère de l’Education,
le centre n’a pas les moyens
de négocier ses projets,
souligne, encore le conférencier,
recommandant la création
d’une institution qui pourrait
être l’académie
rattachée à la
présidence, dotée
donc de prérogatives
lui permettant de faire aboutir
ses projets. Soulignant par
analogie la différence
de prise en charge de la langue
tamazight chez nous et au Maroc,
il fait une comparaison édifiante
entre les moyens mis à
la disposition du centre qu’il
dirige et ceux alloués
à l’IRCAM, institut royal
chargé de tamazight,
où chacun de ses 19 centres
possède plus de moyens
que notre centre national. Comme
on peut s’en rendre compte à
la lecture de ce qui précède,
il n’est pas nécessaire
que le conférencier émette
des jugements ou exprime des
avis personnels, se contentant
de décrire l’état
des lieux, pour comprendre que
le pouvoir retire d’une main
ce qu’il feint de donner de
l’autre. Les faits ci-dessus
rapportés illustrent
de façon éloquente
le peu d’empressement, voire
la mauvaise volonté politique
du pouvoir d’aboutir dans le
domaine de la standardisation
et de l’aménagement de
la langue tamazight. De fait,
ce centre, que d’aucuns présentent
comme un geste d’apaisement
vis-à-vis des émeutes
qui ont ensanglanté la
Kabylie deux ans auparavant,
ressemble, à quelque
chose près, au HCA, créé,
lui aussi, au bout d’une année
de boycott scolaire, qui, bien
que rattaché à
la présidence, rencontre
tous les obstacles possibles
et imaginables pour accomplir
sa mission officielle. On se
demande, dans ces conditions,
comment faire avancer, politiquement
parlant, la langue tamazight
en la faisant sortir de la rue
comme le suggère le conférencier,
sachant qu’aucune avancée
de la question n’a pu être
réalisée, contrairement
à la propagande électorale
des soutiens de Bouteflika,
sans lutte sociale, souvent
violente voire même sanglante.
Les scientifiques ont aussi
besoin de la prise de conscience
collective et de luttes politiques
et sociales pour que le résultat
de leurs recherches ait l’impact
recherché sur le corps
social et contribue à
faire avancer la société.
B. T. |
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