Parmi
toutes celles et tous ceux qui
ont milité pour la cause
berbère, les fils de
Taourirt Mimoun et de Taourirt
Moussa (deux villages des Ath
Douala) sont les plus connus
de tous.
Saïd
Boulifa, Mohamed Sail, Ali Liameche,
Benaï Ouali, Amar Ath Hamouda,
Mbarek Aït Menguellet,
Idir Aït Amrane, Bessaoud
Mohand Arab, Mohamed Haroun,
Ferhat Mhenni, Khalifati Mohand
Ameqran, Mohya, Slimane Azem,
Taous Amrouche... Combien sont-ils
les militants aguerris de la
cause berbère, depuis
ses premiers balbutiements,
à se sacrifier, quitte
pour certains à y laisser
leur âme et pour d’autres
la préserver au service
de la cause, en ce sens qu’il
ne faut pas avoir peur d’affronter
la mort quand il s’agit de vivre
jusqu’au bout de son idéal
pour rendre esprit à
la langue et culture Amazighes.
La liste est longue, d’autant
plus longue qu’on ne peut jamais
l’insérer complète
dans un article de presse. Mais
il ne sera pas vain de revenir
sur deux militants épris
de cette cause. Il s’agit de
Mouloud Mammeri et Matoub Lounès.
Le premier est le principal
acteur-cause du Printemps berbère
de 1980 et le second est l’éveilleur
de conscience et est celui qui
a su porter haut et fort le
combat identitaire. Deux noms
qu’on évoque à
plus forte raison chaque fois
que les débats sur la
cause berbère reviennent
alimenter l’actualité.
Mammeri
ou l’homme «Socratique»
Par
sa plume et par sa voie, l’écrivain,
chercheur, anthropologue et
archéologue, Mouloud
Mammeri a tout donné
à la langue amazighe.
Cette langue qu’il respirait
l’a accompagné durant
tout son parcours à la
recherche de repères
qu’il a décrit dans ses
livres de ses travaux de recherche.
Mouloud Mammeri donnait des
cours de tamazight à
l’université d’Alger
au moment où toutes les
voies d’expression libre et
plurielle, étaient fermées.
Ses travaux de recherche pour
tamazight sont considérés
aujourd’hui comme des références
de plusieurs linguistes et chercheurs
à travers le monde. Ses
oeuvres sont traduites dans
plusieurs langues, enseignées
dans tous les cycles éducatifs
et des mémoires sur leurs
thèmes sont soutenus
à l’université.
Son nom revient chaque fois
qu’il est question de l’identité
amazighe et l’université
de Tizi-Ouzou, qu’il n’a pu
«pénétrer»
le 10 mars 1980 pour donner
une conférence sur la
poésie kabyle, porte
aujourd’hui son nom. L’auteur
de la célèbre
«La colline oubliée»
est décédé
la nuit du 26 février
1989 à 23h passées
à Aïn Defla. Ainsi,
ce que 72 ans de combat parsemés
d’embûches n’ont pas emporté
a été fauché
par un tronc d’arbre. Plus de
200.000 personnes ont assisté
à son enterrement.
Matoub
ou le porte-voix de l’espoir
Chanteur
engagé ou militant aguerri,
Matoub Lounes était de
tous les combats depuis sa prise
de conscience et plus charnellement
depuis le Printemps berbère
pour la cause amazighe. Ses
chansons, son parcours et son
amour viscéral pour sa
langue lui ont valu toutes les
reconnaissances. Et ce n’est
pas par hasard qu’aujourd’hui,
à l’aube de chaque 20
avril, chaque 12 janvier, sa
voix «gonflée de
rancoeur et de colère»
fuse de partout dans les villages
kabyles. Nombreux, très
nombreux sont les Kabyles et
les arabophones qui lui reconnaissent
volontiers son sacrifice au
moment même où
«quelques-uns» ont
déserté le terrain
par crainte de représailles
d’un pouvoir qui n’a de culture
que celle de la répression,
de l’exclusion, et de l’intimidation.
A cela, il faut ajouter les
menaces intégristes qui
n’ont de reconnaissance que
pour les soumis, les fidèles
et les «sans idées».
Et dans ses chansons, Lounès
n’épargnait ni le pouvoir
ni les intégristes. Ainsi,
après avoir reçu
dans le feu des événements
d’octobre 1988 cinq balles de
kalachnikov à l’ex-Michelet,
tirés par un gendarme
en service et après 18
interventions chirurgicales
qui lui ont rendu la vie, Matoub
s’est engagé à
continuer plus loyalement que
jamais son combat pour tous
les idéaux justes. «D’où
la justesse m’interpellera,
sa voie m’emportera, même
si j’affronte des situations
critiques, même si la
mort me convoque», a-t-il
chanté en 1990. Sa séquestration
pendant 15 jours par les terroristes
en 1994 ne l’a pas amené
à plier. Bien au contraire,
il a repris de plus belle et
plus déterminé
que jamais, en portant dans
les coins les plus sombres de
la planète son combat,
et ce jusqu’à son lâche
assassinat le 25 juin 1998.
Mais n’a-t-il pas dit que «même
s’ils ont fauché tant
d’étoiles, le ciel ne
sera jamais dépouillé»?
Karim AIMEUR |
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