Un
animateur accessoire d’une radio
périphérique «monologue»
le 6 avril à la salle
de cinéma El-Djamel de
Chlef. «Monologue»
? L’affreux vocable. Ne rappelle-t-il
pas la nature du discours politique
actuel ? C’est l’occasion pour
l’aspirant frotte-manche de
taper la chitta à reluire.
C’est lors d’un meeting de soutien
au gagnant-d’avance animé
par un ex-ministre, Rachid Boukerzaza,
par ailleurs rodé aux
appareils du FLN et à
ses satellites au point d’en
acquérir un instinct
de phénix.
Déjà,
le décor est planté.
Les acteurs sont campés.
L’humoriste qui ne fait rire
personne ose ce gargouillis
: «Les Arabes comptent
1,5 million de chouhada et les
Kabyles 1,5 million de litres
d’huile d’olive.» Si la
pelure se voyait, elle n’oserait
pas égratigner l’oignon
! Comme une balle tirée
de travers, l’insulte ne vise
pas les Kabyles, mais bien l’humour.
Elle se retourne, en fait, contre
celui qui la profère.
Quand on n’a rien à dire,
l’art consiste à se taire.
Manifestement, on a à
faire à quelqu’un qui
ignore ce b.a.ba. Cherchez la
trouvaille dans son magma, rien,
nada ! Dénichez-y le
trait d’esprit, ulac, niet !
Détectez-en la finesse,
walou, nein ! Les gros sabots
! On ne l’oserait pas, ce truc,
même pas comme plaisanterie
! Lui, il en fait un trait d’humour
dans un monologue censé
apporter du soutien à
Bouteflika. Pauvre monologue»
! Desproges disait qu’on peut
rire de tout, mais pas avec
n’importe qui ! Le problème,
dans ce cas précis, c’est
que ce n’est pas risible. Peut-on
rire de ce qui n’est pas risible
? Non, pas même avec n’importe
qui. En l’occurrence, il s’agit
bien de n’importe qui. Au-delà
de l’aspect factuel, inintéressant,
de cette affaire, on ne peut
faire l’impasse sur les questions
sérieuses qu’elle soulève.
Cet animateur de douar, ce théâtreux
de mechta, semble être
le prototype idéal pour
répéter comme
un vulgaire perroquet qui ne
comprend même pas ce qu’il
répète, ce que
colportent les préjugés
populaires en la matière.
Associer les Kabyles à
l’huile d’olive, c’est du racisme
de base, qui consiste à
particulariser une catégorie
de la population par une caractéristique
culinaire avec une intention
dépréciative plus
que prononcée. Le hic,
c’est que l’histrion prend pour
une trouvaille un lieu commun
discriminatoire jamais combattu,
et même favorisé,
par le climat ambiant. Dans
cette petite boutique des horreurs
où les artisans de la
division entreposent plein d’objets
contondants, le malheureux animateur
a puisé le plus mauvais
exemple qui soit. Si la lutte
de libération nationale
est, comme son nom l’indique,
nationale, et comme en témoigne
sa réalité aussi,
ce n’est bien sûr enlever
de mérite à personne
que de rappeler à l’intention
de ce révisionnisme rentier
que la Wilaya 3, qui englobait
le territoire des Kabylies,
totalisait à elle seul
les trois quarts du nombre de
maquisards de toute l’Algérie.
En dépit du dispositif
militaire de l’armée
française plus important
que partout ailleurs dans le
pays, la wilaya était
tellement sécurisée
qu’on a pu y tenir le congrès
de la Soummam le 20 août
1956, ce qui n’était
possible nulle part. Encore
une fois, ce n’est pas à
ce bougre dont l’irresponsabilité
est proportionnelle à
l’ignorance, qu’il faut s’en
prendre mais à ce laxisme
xénophobe qui fait passer
les énormités
de ce genre pour une banalité.
Le RCD a eu raison de lui demander
de venir s’expliquer devant
la justice. Le RCD a fait mouche,
à n’en pas douter ! On
n’aurait pas compris que le
pouvoir convoque le ban et l’arrièreban
de ses seconds couteaux pour
le flinguer. Motif : le drapeau
noir hissé sur son siège
en signe de deuil. Outre le
tsunami de propos injurieux
tenus par les plus hautes autorités,
on a eu droit à une expédition
punitive dans la pure tradition
des virées style Ku Klux
Klan. Il ne manquait, il est
vrai, que les torches enflammées.
Une vingtaine de voitures, dit-on,
bourrées de furibonds,
ont fait une descente à
El-Biar pour arracher le drapeau
noir. Bien entendu si, comme
le prétendent ceux que
l’opposition gêne, le
fait de hisser un drapeau noir
est un acte illégal,
pourquoi laisse-t-on des «passants
» l’arracher. Pourquoi
n’avoir pas envoyé la
force publique ? Ces zaâma
militants arracheurs de drapeau
noir ne sont-ils pas dans l’illégalité
à agir de la sorte ?
Le débat est byzantin.
La politique est l’art de la
symbolique poussé jusqu'à
l’expression la plus forte.
De ce point de vue, le RCD a
trouvé le symbole qui
frappe. Sinon, les autres n’auraient
pas été à
cran au point de perdre la mesure.
Car enfin, à quoi donc
correspondent ces cris d’orfraie
poussés par les vierges
effarouchées. On traite
de traîtres ceux qui ont
prôné l’abstentionnisme.
Dans quel débat sommes-nous
donc ? Traîtres ! Rien
que ça ! C’est ça,
la politique ! On veut mener
le RCD en justice pour cause
d’atteinte à je ne sais
quoi. Les épigones de
près et de loin s’agitent
de leurs gestes vengeurs. Leur
rêve : que le RCD cesse
d’exister ! Si on laisse faire
ça, c’est qu’il ne reste
rien dans ce pays… Rendons aux
choses leurs justes proportions.
Les mêmes qui s’excitent
aujourd’hui parce qu’un parti
d’opposition a hissé
en signe de protestation un
drapeau noir n’avaient rien
trouvé à redire
jadis quand le FIS, maître
de 80% des communes, dégommait
du fronton des mairies les appellations
officielles pour y substituer
celles de municipalités
islamiques. Les mêmes
n’ont rien trouvé à
redire lorsque un Madani Mezrag
éructait ses grosses
plaisanteries contre l’Etat
algérien. Les mêmes
ne trouvent rien à redire
à cette atteinte aux
symboles de l’Etat et de la
nation algérienne que
sont la liberté de circulation
de criminels dont les mains
sont tachées du sang
des soldats, des policiers et
des civils qui ont sauvé
le pays au prix de leur vie
lorsqu’il était à
deux doigts de basculer dans
l’irrationnel. A quelques jours
de l’anniversaire du Printemps
berbère de 1980 et du
Printemps noir de 2001, il est
triste de voir comment par la
perfide propagande, par une
insémination de venin,
on en vienne à diaboliser
des mouvements citoyens et démocratiques,
porteurs en tout cas des idées
d’ouverture qui auraient pu
nous épargner l’autocratie.
Arezki METREF |
|