La
naissance du printemps berbère
est, certes, venue suite à
l’interdiction de la conférence
du valeureux feu Mouloud Mammeri,
qui a vu le mécontentement
des étudiants de l’université
de Tizi-Ouzou, puis de la population
suite à la répression
sans précèdent
qu’avait connue l’enceinte universitaire,
par le saccage des chambres,
le matraquage des étudiants
et les arrestations. Après
cela, il y’a eu la solidarité
des étudiants d’Alger
de la fac centrale tout d’abord,
l’institut des sciences économiques,
de l’IlE, et de Bab-Ezzouar
ensuite. On a souvent négligé
l’apport grandiose et si important
des étudiants d’Alger
dans le mouvement culturel du
printemps berbère de
1980. On assiste comme à
une sorte d’une autre confiscation
de l’histoire par certaines
personnes qui parlent du «tafsout
nethmanyin», en oubliant
Alger.
Et
souvent quand on parle du printemps
berbère de 1980, on ne
cite que Tizi-Ouzou et Béjaïa.
Pour l’histoire, la plus grande
manifestation qu’a connue l’Algérie
indépendante, pour les
libertés démocratiques,
les libertés culturelles
et d’expression, a pris le départ
en 1980 de la faculté
centrale avec la participation
de dizaines de milliers d’étudiants
d’Alger, et de la population
des environs, encadrée
par le comité de l’institut
des sciences économiques,
de l’institut des langues étrangères,
et de Bab-Ezzouar. Ce jour-là,
les étudiants ont décidé
de manifester, de sortir dans
la rue, en scandant le slogan
«Liberté d’expression,
A bas la répression».
Ils avaient pris le départ
de la fac centrale en chantant
la chanson d’Idir : Amkoul agdoud
yehataj tilleli. Une répression
sans merci s’est abattue sur
les manifestants, d’abord à
la Grande Poste puis à
la place des Martyrs, suite
à laquelle il y’a eu
une vague d’arrestations. Omettre
de citer la participation importante
des étudiants d’Alger
et de sa population, c’est ignorer
l’existence des militants du
collectif d’Alger, et de sa
participation cœur et âme,
et surtout intelligente, par
des conférences et des
galas culturels. C’est ignorer
l’existence des militants comme
Mustapha Bacha, Arezki Aït
Larbi, Salah Boukrif, Amara
Ben Younès et autres.
C’est effacer l’apport des activités
culturelles initiées
par l’émergence des groupes
et troupes de musiqueset théâtrales.
C’est être ingrat envers
le travail gigantesque fait
par le groupe d’étudiants
d’Alger appelé groupe
Debza, composé de Salim
Bensdira, Abdennour Haouati,
Mourad Belouchrani, Rabah Balaouane,
Meziane Ourad, Youcef Chelouch,
Tahar Moussaoui, Haouchine,
Titif, Messaoud et autres. Un
groupe qui a abandonné
les amphis pour se consacrer
au combat par la composition
de chansons engagées,
les plus connues : Allez-y allez-y
Dzair civilisée, et Wach
rah sayer fel Djazair, et la
réalisation de pièces
théâtrales comme
Sendouk laâdjeb. Un groupe
très dynamique et militant,
qui été chargé
de transmettre le message à
travers ses chansons dans ses
divers déplacements.
Omettre de citer Alger c’est
oublier la fameuse rencontre
des hommes de culture à
la fac centarle, tels que :
Kateb Yacine, Chérif
Kheddam, Salim Chaker. C’est
oublier l’apport et la participation
de groupes comme Ichenouiyen,
Imnouda Tagrawla, Inasliyen,
Dersa de Sétif, pour
ne citer que cela. Pour
l’anecdote, un jour, des étudiants
sont venus nous annoncer qu’une
étudiante sans crainte
ni peur était en train
de faire un monologue, une petite
pièce de théâtre
sur les libertés démocratiques
devant la bibliothèque
de l’université juste
à côté de
la mosquée de la fac
tenue à cette époque
par Mohamedi Saïd. Le collectif
d’Alger avait peur pour elle,
et partit pour l’assister et
la protéger en cas de
problème. Cette étudiante,
c’était notre actuelle
ministre de la Culture, Khalida
Toumi. Le printemps berbère
a trouvé un grand soutien
grâce à la bonne
organisation des étudiants
de l’université d’Alger,
principalement les étudiants
des sciences économiques
et des langues étrangères,
qui étaient déjà
organisés en comités
d’institut et qui avaient déjà
arraché par les grèves
le droit à l’affichage,
le droit aux réunions,
et le droit à la participation
aux conseils pédagogiques
réservés jusque-là
aux étudiants affiliés
aux organisations de masse comme
l’UNJA. Par cet article modeste,
je voulais rendre un vibrant
hommage aux étudiants
d’Alger qui ont participé
aux événements
de 1980, et ont fait du 20 avril
un véritable printemps,
et pourquoi ne pas se réunir,
un jour, à la fac centrale
pour rendre hommage à
un grand homme, feu Mustapha
Bacha.
Mourad DEBZA |
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