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Le 20 avril, 29 ans après
Le prétexte était bon : l’interdiction à Mouloud Mammeri d’animer une conférence sur la poésie kabyle ancienne à l’université de Tizi Ouzou, qui porte son nom aujourd’hui. La vérité, c’est que c’était la goutte qui faisait déborder le vase. La contestation est partie du campus pour se répandre comme une traînée de poudre, favorisée, il est vrai, par une violente répression policière.
En très peu de temps, malgré les moyens
de communication rudimentaires, la Kabylie s’est levée comme un seul
homme pour crier sa soif de liberté et dénoncer le déni
identitaire et l’ostracisme qui frappaient la culture et la langue originelles
du pays. Le Printemps berbère était né. Avec ses héros,
les 22 détenus et, dans son prolongement, l’émergence d’un mouvement
culturel et politique, le MCB.
L’évènement était important
à plus d’un titre. D’abord parce que c’était la première
fois depuis l’arrivée au pouvoir de Chadli Bendjedid, qu’une population
osait braver publiquement le régime autoritaire mis en place depuis 1962.
Ensuite parce qu’au-delà de la revendication linguistique et identitaire
qui constituait le ciment du mouvement, des aspirations plus politiques étaient
exprimées et prises en charge concomitamment. Les libertés individuelles
et collectives, la liberté d’expression et le respect des droits de l’Homme
étaient, entre autres, fortement revendiqués. En même temps,
émergeait une élite qui animera, plus tard, la vie politique de
la région mais aussi du pays, dans une certaine mesure. En ce sens, le
Printemps 1980 et le Mouvement culturel berbère auront été
une école de militantisme particulièrement efficace et produiront
de nombreux cadres politiques de qualité. Il est de notoriété
qu’en Kabylie, au lendemain de l’ouverture démocratique concédée
par le régime en 1989 et à l’occasion des tout premiers scrutins
électoraux pluralistes du pays, les débats étaient caractérisés
par un niveau très élevé et par un comportement général
digne des grandes démocraties. Mais, comme les meilleures choses ont
une fin, l’union sacrée née du Printemps berbère et scellée
autour d’idéaux consensuels n’a pas survécu à l’avènement
du pluralisme politique et aux graves évènements qui ont marqué
les deux dernières décennies.
Près de trente ans après
le sursaut salvateur qui a ouvert la voie à d’autres contestations à
travers le pays ayant fini par ébranler le régime et le contraindre
à lâcher du lest en enterrant le système du parti unique,
que reste-t-il de cette classe politique qui a particulièrement brillé
et qui a enregistré des succès indéniables tant qu’elle
œuvrait dans un cadre unitaire ? Le tableau qu’offre la Kabylie sur ce chapitre,
aujourd’hui, n’est pas franchement idyllique. La dernière élection
présidentielle a donné la mesure et l’étendue du désastre.
Des acteurs politiques abreuvés à la même école,
qui ont nourri des idéaux et des aspirations identiques, qui ont lutté
côte à côte pendant de longues années, se sont retrouvés
sur des positions très éloignées pour ne pas dire aux antipodes
les unes des autres. Si les uns ont soutenu sans réserve à la
candidature du Président, d’autres ont milité activement en faveur
du boycott de l’élection, et d’autres encore ont préféré
s’effacer pour afficher une royale indifférence. Il ne s’agit pas, ici,
de faire l’apologie de la pensée unique. Une telle situation eut été
normale si les enjeux étaient les mêmes que ceux d’une démocratie
stable qui ne se déchire pas encore pour des considérations fondamentales
et basiques, qui engagent durablement l’avenir du pays. Tel n’est malheureusement
pas le cas.
M. A. BOUMENDIL
© Liberté du 18 avril 2009

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