De
l’avis de nombreux observateurs,
la Kabylie connaît, presque
tous les 20 ans, une dynamique
politique sur les questions
démocratiques qui s’articulent
autour de l’identité,
de la citoyenneté et
autres valeurs démocratiques
et de développement.
Des historiens et sociologues
ont axé leurs travaux
sur cette question, même
si les recherches ne sont pas
encore normalisées sous
forme de support pédagogique,
des ébauches sont rendus
publiques dans certains médias
nationaux, pour comprendre les
équations de cause à
effet, les sou-bassement de
ces mouvements à portée
nationale en dépit de
leur circonscription géographique
précise, où les
évènements de
1963, de 1980 et de 2001 n’ont
connu de terrain que le Kabylie.
Les évènements
d’Avril 1980 ont été
la première matrice de
contestation pacifique dans
une option d’opposition frontale
au pouvoir central, c’était
toute la Kabylie qui s’est soulevée
pour exposer la revendication
culturelle dans la rue, avec
qui elle connaissait une interdiction
et une clandestinité
des plus âpres. Les militants
ont été pourchassés,
emprisonnés, licenciés,
interdits de séjour en
Algérie, l’essentiel
du travail de la question amazighe
se faisait en France avec le
lancemen
de
l’Académie berbère
par Bessaoud Mohamed Arab et
ses compagnons en 1966.
Que
de chemin parcouru
Le
20 avril 1980 reste une date
ayant indéniablement
marqué l’histoire post-indépendance
de notre pays et ce pour diverses
raisons. D’abord pour avoir
libéré les esprit
des réflexes de la pensée
unique et donné le coup
d’envoi à une longue
marche vers le pluralisme politique.
Ensuite, cette date charnière
du combat identitaire
porté
par une région entière
a donné lieu aujourd’hui
à des acquis arrachés
de mains fortes. Des générations
entière se sont relayées
pour porter haut la cause berbère.
Il faut dire dans ce sillage
que le chemin a été
très long, beaucoup de
sacrifices ont été
consentis pour que la culture
berbère sorte de l’anonymat.
Bien avant avril 1980, les prémices
du conflit commençaient
déjà à
se faire “ sentir”. L’exemple
le plus frappant de l’hostilité
envers tout ce qui symbolisait
le berbère a été
celui de la crise dite “berbèriste”
de 1949. A cette époque
déjà, des militant
au sein du PPA/MTLD exprimaient
leur souhait de voir la question
berbère incluse dans
les textes qui définissent
les différents segments
de l’identité algérienne.
Plusieurs parmi ces cadre d’origine
kabyle se retrouvèrent
exclus du parti et accusés
de tous les maux, d’intelligence
avec l’ennemi, entre autres
accusations. Cette donne a conduit
a une sorte de “complexe” apparu
chez la majorité de ceux
qui ont porté la cause
durant cette période
et bien après l’indépendance.
Il aura fallu attendre la fête
des cerises à Larbaâ
Nath Irathen, sur les hauteurs
de Tizi-Ouzou pour assister
aux premiers mouvements de rue
ayant mis aux prises les jeunes
d’un côté, les
gendarmes de l’autre.
Toutefois,
c’est à partir d’avril
1980, que la Kabylie se libère
définitivement de ce
joug. Le 20 fut organisée
une action de rue pour
dénoncer
l’interdiction d’une conférence
de Mammeri à l’université.
Il s’agissait de la première
action de protestation grandiose
sous l’ère du président
Chadli. Et c’est, bien évidemment,
une autre page du combat identitaire
qui s’est ouverte avec une génération
de militants prêts à
donner de leur vie pour les
besoins de la cause. En réponse
à toutes ces marches
et autres rassemblements de
protestation qui émanaient
principalement de la communauté
universitaire qui véhiculait
un formidable esprit de solidarité
et surtout de responsabilité,
le pouvoir de l'époque
préférait la répression
et l’emprisonnement de plusieurs
dizaines de militants engagés
dans la lutte. Les revendication
de ces jeunes avides de liberté
étaient, en plus de la
promotion de la langue berbère
et son enseignement au sein
des écoles de la République,
démocratiques. Après
le douloureux événement
sdu Printemps berbère,
une appellation venue en référence
au printemps de Prague, les
militants de la cause berbère
ont tenté d’ébaucher
une feuille de route à
l’occasion du séminaire
de Yakourène du mois
d’août 1980. Même
si la constitutonnalisation
de la langue amazighe n’a pas
été clairement
évoquée, les séminaristes
de Yakouren ont revendiqué
la constitutonnalisation des
langues populaires, des dialectes,
à l’image de tamazight
et de l’arabe populaire. La
naissance du MCB (Mouvement
culturel berbère) s’est
faite dans l’esprit de canaliser
les efforts et d’organiser la
lutte pour la reconnaissance
de la langue berbère.
La revendication linguistique
sera aussi portée par
les partis politiques, principalement
le RCD et le FFS, après
l’ouverture démocratique
ayant résulté
des événement
du 5 octobre 1988. Le premier
acquis du mouvement est indéniablement
l’ouverture de département
de langue et culture amazighes
à l’université
de Tizi-Ouzou en 1991 puis une
année après à
Béjaïa. Ceci a été
l’une des premières concessions
“lachées” par le pouvoir,
même si au début,
ces deux départements
formaient uniquement les postes
gradués ( formation des
licenciés à partir
de 1997). En 1994, la Kabylie
sera au rendez-vous de la grève
du cartable. Le boycott de l’école
auquel avait appelé le
MCB à l'époque.
Une
action qui finira par la “reprise”
des cours, dégelés
à la faveur d’un accord
trouvé entre le gouvernement
de l'époque et une partie
du MCB qui se scindera à
l’occasion en deux tendances,
commissions et coordination
nationales. L’accord signé
un certain 22 avril prévoyait
la création du HCA (Haut
commissariat à l’amazighité).
Un commission rattachée
au gouvernement est chargée
de promouvoir la langue berbère
avec surtout son introduction
dans le système éducatif
national. Cette structure présidée
par le défunt Idir Aït
Amrane, a-t-elle pu répondre
aux aspirations des milliers
d’écoliers qui avaient
sacrifié une année
de leur cursus pédagogique
? La langue amazighe est- elle,
aujourd’hui, complètement
“intégrée” dans
le système scolaire algérien
? Des questions qui méritent
bien des réponse qui
ne seront pas objectives tant
ce bilan de l’institution n’est
pas encore établi d’une
manière exhaustive. 22
ans après l’interdiction
de la conférence de Mammeri,
la langue berbère a pu
retrouver, en 2002, le statut
de langue nationale après
la modification de l’article
3 de la Constitution algérienne
lors d’un vote à l’APN.
Un acquis qui n’est pas négligeable
surtout qu’il est
venu
juste après les douloureux
événement de 2001.
La
langue amazighe attend donc
le passage à une autre
étape, celle de son officialisation
ce qui lui conférera
l’ensemble de ses droits. Ce
n’est pas tout puisque le rêve
démocratique suscité
par les évènements
d’avril 1980 continue également
de bercer l’actuelle génération.
29 ans après la répression
de la marche du 20 avril, la
Kabylie se souvient toujours
de ses sacrifices, même
si beaucoup de choses ont changé,
peut-être il est bien
temps de comprendre...
A. Z. |
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