La
Kabylie célébrera
demain deux évènements
historiques qui, malgré
les vicissitudes du temps qui
passe, resteront un repère
pour les générations
futures. Il s’agit respectivement
des 29e et 8e anniversaires
du Printemps berbère
et du Printemps noir qui ont
été marqués
par une terrible violence de
la part du pouvoir à
l’encontre d’une région
qui se bat pour la sauvegarde
de son identité, pour
la démocratie et la justice
sociale.
L’élection
présidentielle du 9 avril
dernier n’a pas fait oublier
à la Kabylie l’atrocité
de la répression commise
par le pouvoir contre sa population.
Cette région ne veut
pas en fait oublier. Elle se
bat contre l’amnésie
que le régime souhaite
imposer afin d’assurer sa survie.
Les nombreuses activités
qui sont programmées,
durant la semaine s’étalant
du 17 au 23 avril, sont la preuve
que cette région ne veut
pas céder sur ses revendications
qui n’ont rien de régionalistes.
Des conférences-débats,
des expositions et une marche
auront lieu pendant cette période
pour rappeler à tout
un chacun que des jeunes sont
tombés sous les balles
assassines des services de sécurité
parce qu’ils voulaient faire
entendre leurs voix, exprimer
leur colère contre le
déni identitaire et contre
l’injustice sociale. L’université
Mouloud- Mammeri de Tizi-Ouzou,
d’où tout avait commencé
le 20 avril 1980, sera au rendez-
vous cette année. Les
étudiants marcheront
ce 20 avril, en plus des activités
qui ont lieu à l’intérieur
de leur université. Pour
le moment, le Mouvement pour
l’autonomie de la Kabylie de
Ferhat Mehenni est le seul à
avoir appelé ouvertement
à une marche populaire
pour demain lundi. Le Front
des forces socialistes de Hocine
Aït Ahmed et le Rassemblement
pour la culture et la démocratie
de Saïd Sadi, deux partis
politiques implantés
dans cette contrée du
pays, n’ont rien prévu.
Joint par téléphone,
le chargé à la
communication du RCD, M. Mohsen
Belabès, a affirmé
que les militants de son parti
sont instruits de s’impliquer
activement dans toutes les actions
et les activités qui
se dérouleront en Kabylie
pour commémorer le double
anniversaire du 20 avril. En
dehors des festivités
organisées par l’administration,
à l’exemple de «la
semaine de l’amazighité»
qui se tient à la maison
de la culture Mouloud-Mammeri
de Tizi-Ouzou, les militants
du RCD sont en fait autorisés
par leur parti à joindre
la marche des étudiants
et celle du MAK, à participer
aux tables rondes programmées
par ce qui reste du mouvement
des Arouch et à s’impliquer
avec les militants du FFS, si
ce parti prévoit des
activités. Le RCD estime
que le double anniversaire du
20 avril appartient à
toute la population de Kabylie.
A noter que les autorités
publiques ont commencé
à s’intéresser
à la célébration
du 20 avril depuis l’entame
des négociations du représentant
du gouvernement Ahmed Ouyahia
avec les représentants
des Arouch autour de la plate-forme
d’El Kseur, qui n’est pas totalement
satisfaite. Ainsi, dix jours
après la réélection
de Abdelaziz Bouteflika pour
un troisième mandat,
les Kabyles sortent de leur
silence pour exprimer leur attachement
aux valeurs démocratiques
qui sont celles de tout le peuple
algérien. Des valeurs
pour lesquelles plus de 120
jeunes sont tombés en
martyrs durant les tragiques
évènements du
Printemps noir de 2001, suite
à l’assassinat de Guermah
Massinissa dans une brigade
de la Gendarmerie nationale
à Beni-Douala. Un fait
mérite toutefois d’être
mis en évidence : depuis
quelques années, la commémoration
des évènements
d’avril 1980 a tendance à
se transformer en une activité
folklorique et l’administration
essaye de la récupérer
pour la vider de sa substance.
Mais l’on ne devrait pas perdre
de vue cet effort fourni par
de nombreuses personnes et différentes
organisations culturelles qui
visent à entretenir la
mémoire populaire. Car,
la situation de stand-by dans
laquelle se trouve aujourd’hui
la Kabylie à cause de
l’embargo économique
et politique qui lui a été
imposé, commémorer
ces deux tragiques évènements,
c’est rappeler que les plaies
ne sont pas pansées et
que la lutte continue. Et ce
n’est pas un troisième
mandat de Abdelaziz Bouteflika,
qui a déclaré
tout ignorer des évènements
du Printemps noir de 2001, qui
pourrait détourner toute
une région du chemin
qu’elle avait depuis fort longtemps
choisi.
Lyès
MENACER |
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