Tamazight
est le bien commun de tous les
Algériens, au-delà
des ancrages territoriaux ou
linguistiques. C’est une langue
qui, dans la variété
de ses expressions, transcende
l’espace des terroirs – avec
ce que cela peut supposer d’enfermement
dans la singularité –
pour s’élever au stade
majeur de la cohésion
identitaire de la nation. La
reconnaissance et la consécration
de tamazight sont des avancées
déjà significatives,
mais dont l’ampleur ne pourra
être mesurée que
lorsque la langue aura la valeur
d’usage la plus étendue.
A
ce titre, nul ne peut douter
que c’est d’abord l’école
algérienne qui donnera
à tamazight tout son
retentissement pédagogique,
car c’est une langue qui, à
travers ses constituants, même
les plus divers, peut être
enseignée. Il ne serait
pas compréhensible que
l’anglais, l’espagnol, ou l’allemand
soient plus aptes à être
appris que tamazight, qui représente
pour les Algériens un
lien identitaire. Sans que pour
autant les notions de compétititon
ou de concurrence inter-linguistiques
entrent en ligne de compte.
Si la possibilité est
donnée de pouvoir lire
Goethe, Shakespeare ou Cervantes
dans le texte, pourquoi n’en
irait-il pas autant pour Mohand
Si Mhand, ou la belle poésie
de Matoub Lounès ou Lounis
Aït Menguellat ? Une
langue est vivante lorsque elle
est partagée.
Tamazight
peut être érigé
en vecteur d’apprentissage pour
peu que les institutions qui
ont la mission d’élargir
son implantation dans les sphères
d’acquisition du savoir mettent
cette langue en adéquation
avec les progrès de la
science et des technologies
nouvelles. Il est évident
que cela ne se fera pas du jour
au lendemain, car pour en arriver
à l’évolution
qui est aujourd’hui celle de
tamazight, il a fallu un combat
sur la longue durée.
Les avancées restent
donc relatives mais appréciables
au regard de résistances
fortes et de réticences
qui persistent encore. En fait,
la promotion, la préservation
de tamazight, son inscription
dans le champ pédagogique,
ne se suffiraient pas à
elles-mêmes si la langue
n’était pas appuyée
par un sentiment de vivre ensemble
librement consenti à
l’échelle d’une nation.
C’est l’école qui a la
capacité de forger ce
sentiment du vivre ensemble
qui est avant tout une posture
d’appartenance entre citoyens
d’un même pays qui ne
peuvent pas avoir de complexes
à s’exprimer dans une
langue qui les rassemble plutôt
qu’elle ne les divise. Il est
important, pour cela, que la
langue échappe aux pièges
d’une radicalité à
la finalité souvent politicienne.
Amine LOTFI |
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