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Tafsut n-imazighen / 2009

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Double commémoration du Printemps Amazigh / 20 avril 1980 - Avril 2001 - 20 avril 2009

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Abdenour Abdeslam, chercheur-linguiste

«Il y a des opportunités nationales et internationales qu’il faut savoir saisir et exploiter»

Abdenour Abdeslam, chercheur-linguiste : «Il y a des opportunités nationales et internationales qu’il faut savoir saisir et exploiter»Abdeslam Abdenour, militant infatigable de la cause identitaire, chercheur-linguiste qui s’est formé grâce à un engagement personnel sincère et continue, revient dans cet entretien sur la cause identitaire et les différentes étapes qu’elle a vécues, depuis son apparition sur la scène politique nationale. Pour M. Abdeslam, "la formation populaire fondée sur le phénomène de l’accumulation des expériences, a mis à notre disposition une langue naturellement et remarquablement structurée, organisée, réglée, parfaitement articulée dans ses formes et ses règles bien avant que naisse la grammaire. Bien entendu que le travail scientifique est garant de cette continuité". il a aussi abordé la nouvelle chaîne de télévision amazighe, et bien d’autres sujets.

La Dépêche de Kabylie : 29 ans sont écoulés depuis les événements du Printemps berbère. Une date qui ouvrait la voie à un combat de longue haleine, mené, par ailleurs, par plusieurs générations de militants. En tant que militant et chercheur linguiste, tamazight a-t-il progressé depuis trois décennies de lutte ?

Abdeslam Abdenour : La question de la revendication berbère a beaucoup avancé sur les plans politique, scientifique et culturel. Plus elle échappe au monde troublant de la manipulation, plus elle acquiert des espaces de liberté autrement plus vastes et plus utiles. Les générations successives ont, en effet, su enjamber et déjouer toutes les aventures intéressées afin que les acquis puissent réellement servir l’émancipation en marche de leur revendication commune. Il est évident que nous nous devons de penser à de nouvelles formes de luttes plus efficaces et plus du tout coûteuses en vies humaines ou en privation de libertés. Il y a des opportunités nationales et internationales qu’il faut savoir saisir et exploiter. Ce qui ne nous empêchera pas de rester toujours dignes. Je dis ceci à l’adresse de ceux qui ont savamment exploité cette fibre sensible propre à la région, qui veulent maintenir le statut quo, qui craignent d’être dépassés et de perdre ainsi leur situation privilégiée dite "d’anciens combattants éternels". Toute lutte porte en elle une courbe d’évolution et d’élévation indispensable. Le statisme est mortel. Nous en sommes là de mon point de vue personnel.

 

La production scientifique est la seule garantie de survie de toute langue et culture. Y a-t-il assez de production en langue amazighe pour qu’elle survive à tous les aléas que l’on dresse devant son épanouissement ?

Le caractère vivace de notre langue est la somme des efforts et du travail fournis d’abord par la formation populaire, complétés ensuite par ceux de la formation savante. Depuis des siècles, la formation populaire fondée sur le phénomène de l’accumulation des expériences a mis à notre disposition une langue naturellement et remarquablement structurée, organisée, réglée, parfaitement articulée dans ses formes et ses règles bien avant que naisse la grammaire. Bien entendu, le travail scientifique est garant de cette continuité. C’est même sa mission de poursuivre l’exploitation des nouvelles pistes qui mènent à l’innovation et à l’évolution. Présentement, la production d’une manière générale s’essaie sur des domaines très intéressants ce qui autorise un optimisme toujours à vérifier.

 

Plusieurs années après l’engagement de l’Etat pour prendre en charge l’enseignement de cette langue, quel bilan tirez-vous de ces années ?

Les enseignants de langue berbère font un travail formidable. Mais ils continuent de ce débattre dans un tourbillon de contraintes aussi étranges, anormales qu'ahurissantes. Les structures étatiques, en charge de leur apporter toute l’assistance technique et matérielle nécessaire, continuent de leur imposer des obstacles de toutes sortes sous couvert d’autorité. Non seulement elles s’inscrivent en faux contre les décisions politiques prises à très haut niveau, elles semblent n’être nullement inquiétées ou interpellées et c’est cela qui nous laisse pantois. Il y a bien sûr quelques structures d’exception, mais cela reste insuffisant pour ne pas noter les néfastes obstructions administratives qui n’ont de cesse de se généraliser.

 

Tamazight, disposera, si l’on se fie aux promesses faites par Bouteflika durant sa campagne électorale, d’une académie et d’un haut conseil pour tamazight, sous quel angle voyez vous ces deux futures institutions ?

Tout discours électoral est porteur de promesses et d’engagements. C’est même des opportunités d'évaluation et c’est de bonne guerre. Après avoir d’abord et avant tout entendu le Président sortant s’incliner devant la mémoire de nos jeunes Kabyles lâchement assassinés durant le triste et affligeant printemps 2001, j’ai alors et pour mon humble part, pris acte des promesses faites autour de la création des deux salutaires nouvelles institutions. Cependant, je me garde qu’en toute chose il faut considérer la fin. Alors attendons de voir le développement des suites qui seront données.

 

Une chaîne de télévision en tamazight émet depuis un mois, sera-t-elle un support pour conforter l’audimat amazigh dans sa quête identitaire et linguistique ?

La Chaîne berbère est encore au stade expérimental comme d’ailleurs annoncé en haut à gauche de votre écran. Il est vrai que quelques produits sont de bonne facture et je pense particulièrement à la sensible qualité du doublage au plan langue. Il est par contre trop tôt pour émettre un avis avisé de son impact sur l’audimat,  d’autant plus que je me méfie toujours des situations provisoires. Une chaîne berbère qui travaillerait à des transformations ciblées ne peut pas consolider la quête identitaire et linguistique. Je vous cite un exemple visible et simple à vérifier. Il concerne les génériques qui sont transcrits en caractères arabes, pendant que dans l’enseignement officiel la transcription se fait en caractères universels. Voilà une contradiction flagrante mais surtout anti-pédagogique que peut véhiculer comme transformations sournoises cette chaîne !

Propos recueillis par:

Mohamed MOULOUDJ

 

© La Dépêche de Kabylie du 20 avril 2009



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