L’enseignement
de la langue amazighe a été
officiellement lancé
dans notre pays en 1995. A cette
époque, l’ouverture des
classes pilotes relatives à
cet enseignement s’est faite,
conjointement avec le MEN (ministère
de l’Education nationale) et
le HCA (Haut commissariat à
l’amazighité) au niveau
de 16 wilayas.
Cette
institution, la première
dans l’histoire de l’Afrique
du Nord, a été
créée par décret
présidentiel le 25 mai
1995. C’est suite à l’action
du boycott scolaire initié
par le MCB (Mouvement culturel
berbère) durant l’année
scolaire 94/95, que des négociations
ont eu lieu entre des représentants
de la présidence de la
République et ceux des
différents mouvements
culturels. Le MCB, le MCA (Mouvement
culturel amazigh des Aurès),
le Mouvement M’zab, le Mouvement
touareg avaient répondu
favorablement à l’appel
des plus hautes autorités
du pays en vue de mettre fin
à huit mois de boycott
de l’école en Kabylie
dans l’objectif d’intégrer
la langue amazighe dans les
systèmes d’enseignement
et de la communication ainsi
que dans l’environnement. Rappelons
qu’à l’époque,
plusieurs tentatives de briser
l’action du boycott ont été
menées aussi bien par
les autorités et les
notabilités de la région
que par certaines associations.
Mais c’était compter
sans la mobilisation de la population
de la région et son adhésion
massive aux mots d’ordre du
MCB.
Le
HCA naît en 1995
Le
fruit des négociations
présidence-mouvements
berbères, qui ont duré
plus d’un mois, a été
la signature entre les deux
parties des accords historiques
du 22 avril 1995. Ces derniers
portaient sur l’introduction
de tamazight « dans
les systèmes éducatifs,
les moyens de communication
et dans l’environnement ».
Pour le volet pédagogique,
les accords prévoyaient
des séances de rattrapage
pour les « enfants
du boycott » qui
avaient, malheureusement, perdu
presque une année de
scolarité. Un troisième
volet, ayant trait aux sanctions
qui avaient frappé certains
enseignants prévoyait
de les lever. A la fin de l’année
1995, tout est pratiquement
rentré dans l’ordre,
et la majeure partie des établissements
scolaires, notamment en Kabylie,
avaient repris l’ambiance des
classes en dépit de la
persistance de certaines tendances
du MCB à vouloir poursuivre
la contestation. Une autre revendication,
inhérente cette fois-ci
à la constitutionnalisation
de tamazight se voit greffer
à celle de son institutionnalisation…
Le
chef de l’Etat de l’époque,
Liamine Zeroual, qui a signé
le décret portant création
du HCA, installa la composante
de cette institution le 7 juin
1995 au siège de la présidence
de la République à
laquelle elle a été
rattachée. Dès
leur installation, les membres
mandatés par les différents
mouvements, élisent parmi
eux Mohand Ouidir Aït Amrane
comme président de l’institution.
Celui-ci étant l’un des
vétérans parmi
les militants de la cause amazighe
dont les balbutiements, après
ceux de 1926 au sein de l’ENA
(Etoile nord-africaine), se
sont fait sentir durant les
années 1940, avec le
groupe du lycée de Ben
Aknoun.
Réhabiliter
Tamazight
Au
sein du CPSC (Comité
pédagogique scientifique
et culturel) présidé
par Mohamed Salah Nedjaï,
docteur d’Etat de l’université
de Batna, figurent des écrivains,
des linguistes, des enseignants
universitaires. Ses missions
sont d’arrêter et de mettre
à exécution les
actions de réhabilitation
de l’amazighité dans
tous les domaines de la vie
publique. La deuxième
structure formant le HCA, est
le CIC (Comité intersectoriel
de coordination) composé
des six représentants
des différents ministères
siégeant au HCA. Les
deux comités forment
le CPOS (Conseil plénier
d’orientation et de suivi),
instance délibérante
du Haut commissariat à
l’amazighité. Aussitôt
entrés en fonction, les
membres du HCA entreprennent
leur première action.
Ils organisent à l’université
de Ben Aknoun (Alger), le premier
stage officiel de perfectionnement
en faveur des enseignants venus
des différentes régions
du pays. Ce seront ceux-là
qui prendront en charge l’enseignement
de la langue amazighe dans l’école
algérienne dès
la rentrée scolaire de
septembre 1995. Ce stage rassemblera,
dans leur écrasante majorité,
des enseignants justifiant de
plusieurs années d’expérience
en matière pédagogique
ainsi que des enseignants maîtrisant
la langue amazighe et ayant
exercé durant longtemps
dans le mouvement associatif.
A
la fin du stage, ils seront
affectés au niveau de
seize wilayas où ils
exerceront en qualité
d’enseignants de tamazight.
Ces wilayas sont : Tizi
Ouzou, Bouira, Béjaïa,
Boumerdès, Alger, Oran,
El Bayadh, Sétif, Batna,
Khenchla, Oum El Bouaghi, Biskra,
Tamanrasset, Ghardaïa,
Tipaza et Bordj Bou Arréridj.
Ainsi donc, l’enseignement de
cette langue démarre
avec un volume horaire d’une
à deux heures par semaine
pour chaque classe. Un fonds
documentaire constitué
de plusieurs textes adaptés
et de leçons relatives
à la structure de la
langue sera mis à la
disposition des enseignants.
Petit à petit, les problèmes
et entraves seront rencontrés
par les enseignants sur le terrain
pédagogique. Considérée
dans les textes comme une matière
à part entière,
tamazight tardera à trouver
sa place dans les bulletins
scolaires avec une note comptabilisée
et un coefficient. Des manuels
seront édités
par la suite dans les trois
graphies, tifinagh, arabe et
latine et dans toutes les variantes
régionales.
Or,
aucune recherche ni étude
n’ont été faites
en dehors de la graphie latine
dans laquelle les enseignants
ont été formés
et toujours travaillé.
Dans les discours distillés
lors de la dernière présidentielle
certains candidats n’ont pas
trouvé mieux pour retarder
la standardisation de cette
langue que d’évoquer
la question de la graphie. C’est
dire que tamazight doit encore
attendre une volonté
politique sincère à
même de la promouvoir.
N. H. /
S. C. |
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