
CONFÉRENCE DE PRESSE DU FFS
“Nous avons cassé le mur
de la peur”
Le
premier secrétaire du FFS, tout en prédisant
un fort taux d’abstention, estime cependant que la campagne
électorale qui vient de s’achever aura été
l’occasion d’une “décantation” du champ politique.
Le Front
des forces socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed
prédit un fort taux d’abstention lors du scrutin
présidentiel prévu demain en Algérie.
Selon le premier secrétaire du parti, Karim Tabbou,
contrairement aux prévisions optimistes des autorités,
“il y aura une écrasante majorité qui
boycottera l’élection”. “Le taux qu’ils vont
annoncer, qui se situera autour de 70%, représentera
exactement le degré de leur peur de la population”,
a-t-il ironisé. Karim Tabbou, qui s’exprimait
lors d’une conférence de presse au siège
du parti à Alger, n’a pas lésiné,
comme de coutume, sur les mots pour stigmatiser le pouvoir
rompu, à ses yeux, “aux procédés
de terreur dignes de Staline”. “La campagne n’a mobilisé
que la police et la gendarmerie. Sur le terrain, il
y a une armée électorale qui utilise des
procédés des années de plomb. C’est
la campagne la plus chère de l’histoire du pays.
En Kabylie et à Ghardaïa, il y a une mobilisation
historique des services de sécurité. Il
y a une opération de persécution des populations”,
dénonce-t-il. “Une campagne où l’on fait
semblant de bouger, mais pour laisser, en fait, tout
en place”, résume-t-il. Et le Président
dont le nom n’est même pas évoqué
par ses concurrents en a eu également pour son
compte. “Il est géant dans les portraits. C’est
un candidat du dégrèvement fiscal et des
permis de construire”, ironise-t-il. Mais cette campagne
a eu, cependant, quelques mérites, selon lui.
Elle aura au moins permis une décantation. “Pendant
des années, la société a été
prise en otage entre les militaires, d’un côté,
et les islamistes, de l’autre. Aujourd’hui, il y a la
société, d’un côté, et le
régime avec ses appareils, de l’autre”.
La sortie du FFS coïncidant avec la célébration
de l’assassinat de Ali Mecili a été également
une occasion pour Hocine Aït Ahmed, le chef du
parti, de revenir sur l’affaire Hasseni, mais aussi
d’évoquer l’élection. “Le candidat-Président-sortant-et-déjà-réelu
a donc patienté quelques mois avant de réclamer
le capitaine Hasseni : le temps d’être sûr
que Paris ne soufflerait mot sur la mascarade électorale
qui se préparait. Paris n’a effectivement pas
soufflé mot. Le temps est alors venu pour Alger
de tempêter pour récupérer son capitaine
Hasseni et arrêter un processus judiciaire qui
suivait décidément trop longtemps son
cours”, écrit Aït Ahmed dans un message.
“On ne peut mieux dire que le système est désormais
à nu. La culture de la personnalité remplace
les faux suspenses électoraux”, ajoute-t-il par
ailleurs. Mais quelle est l’alternative dès lors
? “Il est urgent que cela cesse. S’il n’y a plus rien
à attendre de ce pouvoir, il y a tout à
attendre de chacun d’entre nous”, soutient Aït
Ahmed.
Pour Tabbou, la France est un “des points d’appui de
l’Algérie et Sarkozy est un élément
actif chez les décideurs”. Visiblement content
de sa campagne de boycott, le FFS soutient que la décantation
actuelle est une occasion pour construire le changement.
Un changement, du reste, qui ne doit pas se faire sur
des alliances de hasard, ni d’appareils d’autant qu’“une
certaine élite a échoué car contaminée
par la corruption”. “Le changement est à construire
à plusieurs et le combat doit être mené
par tous. Il faut un contrat social avec la société”.
“Je défie Zerhouni, lui qui dit que la sécurité
est revenue, de lever la contrainte sur les marches
à Alger. Ils seront des milliers, voire des millions
d’Algériens à descendre manifester”, assure
Tabbou. Sur les marches qu’il a organisées, non
autorisées par les autorités qui ne daignent
plus désormais recevoir de demandes, Tabbou réaffirme
qu’il s’agit de briser le mur de la peur pour éviter
qu’on transforme le pays en un “vaste commissariat”.
Quant à l’amnistie générale projetée
apparemment par le Président, Tabbou estime que
c’est un processus plutôt d’autoamnistie qui se
met en place “pour maintenir des équilibres à
l’intérieur du pouvoir”.
Karim
KEBIR
© Liberté du 08 avril 2009 |