
LA PARTICIPATION, SEULE ENJEU DE
LA PRÉSIDENTIELLE
Bouteflika, avec quel taux ?
Les Algériens
sont invités à élire, aujourd’hui,
leur prochain président. Plus de 20 millions
d’électeurs sont invités, dès ce
matin, à se rendre aux urnes pour choisir entre
« la continuité » incarnée
par le président sortant, Abdelaziz Bouteflika,
et « le changement » représenté
par ses cinq concurrents. Mais, pour la première
fois depuis l’avènement du pluralisme politique
en Algérie, le scrutin présidentiel se
déroulera dans un climat d’indifférence
de la part de la population qui ne se fait plus d’illusions
sur l’issue de cette consultation. Cette joute électorale
n’a plus aucun enjeu ; le président sortant,
de l’avis de tous les observateurs de la scène
politique nationale, devra, sans aucune surprise, succéder
à lui-même. Il n’y a plus de suspense.
Et cela pour plusieurs considérations. D’abord,
il y a la stature de ses rivaux dans cette course à
la magistrature suprême. Contrairement aux élections
de 1999 où Bouteflika avait, en face, les plus
vieux routiers de la politique nationale ou, d’une certaine
manière, à celles mêmes de 2004,
les postulants à la présidence sont soit
inconnus du grand public, soit ils ne pèsent
pas lourd dans la balance politique. Sauf miracle, ils
ne devront pas gêner le « Obama made
in Algeria », comme le présentent
ses nombreux partisans.
Ce dernier n’a
qu’un seul vrai concurrent, en l’occurrence le taux
d’abstention. Il l’a d’ailleurs confirmé à
plusieurs reprises. « Un président
ne sera vraiment président que s’il est élu
par la majorité de la population », avait-il lancé,
le 12 février dernier, quand il a officialisé
sa candidature à une troisième mandature.
Au cours de la campagne électorale, il s’est
également adressé aux électeurs
en clarifiant davantage son souci majeur. « Ne
me faites pas rougir vis-à-vis de l’étranger », a-t-il déclaré.
Quasiment assuré de sa réélection,
après avoir fait sauter le verrou de la limitation
des mandats en procédant à une révision
de l’article 74 de la Constitution le 12 novembre 2008,
le président sortant focalise ses efforts sur
le taux de participation. Non pas pour intimider l’opposition
qui appelle au boycott de l’élection, mais surtout
pour montrer à l’étranger qu’« il
est aimé par la population ».
Le spectre
de l’abstention
Pour cela, de
gros moyens ont été déployés.
Les autorités-échaudées par l’expérience
des législatives du 17 mai 2007 où les
électeurs ont massivement boudé les urnes
- ont fait cette fois-ci dans la démonstration
de force. Le ministère de l’intérieur
a procédé à plusieurs révisions
des listes électorales et a mobilisé toutes
les ressources humaines, dont il dispose pour inscrire
même les citoyens les plus récalcitrants.
Et il a réussi à majorer le corps électoral
de deux millions d’électeurs. Un corps qui passe,
après cette opération, de 18 94 555 en
2004 à plus de 20 623 608 d’électeurs
en 2009. Toutefois, le spectre de l’abstention demeure
toujours menaçant. Pour réduire son ampleur,
tous les candidats, le staff gouvernemental et toutes
les organisations satellitaires se sont mobilisés.
L’argent, les médias publics, et même privés,
ont été exploités à fond,
pour convaincre une population en désarroi à
cause de la misère sociale.
Alors que la
télévision diffusait des liesses populaires
au passage du président candidat, le terrain
démontre une autre réalité. Les
citoyens se plaignent de la flambée, sans précédent,
des prix des produits alimentaires de première
nécessité et n’affichent aucun intérêt
à cette consultation. Cette préoccupation
citoyenne dérange et fait peur aux autorités.
Sans apporter d’explications valables à cette
situation, ces dernières tentent tantôt
de faire miroiter aux travailleurs des augmentations
de salaires après le vote, tantôt d’avancer
des arguments qui ne tiennent pas la route à
cette flambée des prix. Afin de donner l’illusion
aux électeurs, les pouvoirs publics ont tenté
de jouer la carte des émigrés. « Ce
sont ces derniers qui doivent montrer l’exemple », assurent les
autorités. Alors, elles ont tenté de jouer
sur l’image « d’une affluence de la communauté
à l’étranger aux urnes » pour
montrer la voie aux électeurs. Pensant que sa
tâche avait été accomplie avec succès,
le pouvoir a été surpris par la résurrection
de l’opposition. A une semaine du scrutin, et en dépit
de l’interdiction des partis d’opposition, en particulier
le FFS, ils ont réussi à mobiliser les
foules et à remettre les choses au point de départ,
notamment en Kabylie. Le spectre de l’abstention ou
du boycott n’a pas été chassé.
Il est revenu et fait plus peur.
Madjid
MAKEDHI
© El Watan du 09 avril 2009 |