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 TRIBUNE

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La Kabylie se rebiffe

Les marches ayant eu lieu ce week-end à Tizi Ouzou et Béjaïa contre l’élection de jeudi prochain ont été les premières lézardes dans le mur de l’unanimisme et du culte de la personnalité qui reprend racine dans le pays. Le sursaut de la rue, sous l’impulsion du FFS, qui a enregistré une adhésion spontanée de milliers de citoyens, n’a guère surpris les observateurs au fait du comportement politique de la région, forgé pendant des décennies de lutte pendant et après l’ère du parti unique. La contestation ne pouvait pas quitter la rue kabyle, même en injectant des milliards dans des réseaux interlopes chargés de canaliser les jeunes et de tuer dans l’œuf toute voix dissonante.

En dépit des moyens colossaux engagés dans la bataille et des promesses mirifiques en direction de franges sociales souvent vulnérables, le système en place n’arrive pas à mettre le bâillon à une région qui l’empêche décidément de tourner en rond. Le coup de colère enregistré le même jour dans les deux grandes villes de la région évacue déjà l’illusion de la victoire qui a gagné les rangs de la myriade des comités de soutien, des directoires de campagne financés jusqu’à ras bord et des « organisations de la jeunesse » nées sur simple injonction doublée d’une dotation budgétaire. Le climat politique délétère tombé comme une chape de plomb sur tout le pays a fini par exaspérer en Kabylie.

La population ne pouvait pas assister sans réagir à une méga régression de la démocratie où l’administration entend remplacer la société et où l’on a décidé de corrompre les consciences à grande échelle. La débauche de moyens et une organisation sophistiquée ont permis au président candidat d’effectuer une visite sans heurts dans la région. L’organisation était parfaite et le dispositif de maintien de l’ordre optimal, mais la communication ne l’était pas, puisque le chef de l’Etat en exercice depuis dix ans a prétendu ne pas être au courant de ce qui s’est passé pendant les événements sanglants du printemps noir. D’aucuns ont alors douté des capacités de mobilisation et de riposte de la région. D’autres ont acclamé l’arrivée du printemps bleu. Il a suffi d’un meeting du premier secrétaire du FFS, pourtant contesté à de nombreuses reprises dans son parti, pour que la rue bouge et que des milliers de manifestants défient les interdictions. Le pouvoir et ses démembrements engagés dans cette bataille électorale inédite, car exclusive, construisaient donc sur du sable. L’hégémonie est une illusion dans une région où l’on a même vu ses « partis traditionnels », et même ses « archs », subir la colère des jeunes lorsque les engagements ne sont pas tenus. L’arrogance du pouvoir dans sa détermination à se reproduire en engageant tous les moyens de l’Etat a eu pour premier résultat de faire se rejoindre le FFS et le RCD, deux partis qui se sont rarement retrouvés dans les mêmes rangs de la contestation. Les archs ont également adopté la même position de rejet vis-à-vis de l’élection présidentielle. Contrairement à ce que l’on croit, les capacités de mobilisation dans la région sont maximales.

Djaffar TAMANI

© El Watan du 04 avril 2009



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