
Bientôt les écoliers
en campagne électorale !
Il
y a dans le propos du dépit et du mépris.
Soltani est dépité par l’abstention annoncée
des Algériens, mais il éprouve de l’arrogance
à l’endroit d’électeurs auxquels il ne
doit pas sa position. Alors, il perd son sang-froid,
se défait de la couverture de la langue de bois
et, répondant à la défiance par
la bravade, il lance à la figure de millions
de téléspectateurs cette vérité
que tout le monde sait, mais que peu de responsables
osent assumer : “Qu’on vote ou qu’on s’abstienne, le
Président sera élu !”
In ira
veritas ! Mais à observer l’activisme des
autres ministres, le pouvoir ne veut pas se suffire
de cet attribut, que lui confère sa mainmise
sur les institutions, de nommer qui il veut sans tenir
compte de la volonté réelle de la population.
Les promesses sont revues à la hausse et toutes
les institutions sont engagées dans des tâches
qui, habituellement, reviennent au volontariat militant.
Le ministère de la Formation professionnelle
attirait les stagiaires dans un meeting électoral
et celui de l’Industrie réunissait les sociétés
de gestion du secteur économique public pour
les appeler à se tenir prêtes à
contribuer à la campagne électorale. Mais
l’initiative la plus remarquable est à mettre
à l’actif du secteur de l’éducation nationale.
Un confrère a rendu compte d’une circulaire surréaliste
qui appelle les administrations de l’enseignement à
mettre les écoliers à contribution pour
la réussite de l’opération électorale.
L’école va se muer pour le trimestre à
venir en réseau de comités infantiles
de campagne électorale. Le principe de soumettre
le programme scolaire aux exigences d’une échéance
politique constitue en lui-même une aberration
pédagogique, mais, en plus, et par certains aspects,
le programme soutenu par la circulaire de Boubekeur
Benbouzid comporte une pernicieuse instrumentalisation
des enfants contre une éventuelle intention abstentionniste
de leurs parents ! Les écoles devront programmer
des activités “scolaires” qui semblent plus destinées
à inciter, par élèves interposés,
les parents à s’impliquer dans l’opération
électorale. Elles doivent organiser des élections
d’écoliers “dans les différentes assemblées”,
leur confier des devoirs de maison et les faire participer
à des concours sur le thème des élections.
Il est même suggéré de leur demander
des travaux qui les obligeraient à se faire accompagner
par un parent au… centre de vote ! La pratique n’est
pas sans rappeler celle de l’intégrisme qui consistait
à pousser l’enfant à s’enquérir
de la piété de ses parents en lui commandant,
par exemple, des bouchons de liège pour vérifier
si l’on consomme du vin dans sa famille et transmettre
le sermon adéquat par gosse interposé.
La circulaire en question ne se cache pas d’ailleurs
de viser à transmettre le message du devoir électoral
“de la communauté scolaire vers la famille et
la société”. L’aplomb de Soltani ne nous
protège pas de l’audace de Benbouzid. L’embrigadement
programmé de l’école, y compris dans son
compartiment primaire, est significatif du désarroi
politique du régime. Cette panique de l’abstention
semble l’autoriser à user des moyens les plus
malsains dans sa quête de l’électeur.
Attention, danger ! Les enfants-militants, ce n’est
pas si loin des enfants-soldats.
Mustapha
HAMMOUCHE
© www.liberte-algerie.com
lundi 9
février 2009
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