
L’attente du peuple
Voilà,
le Président succède à lui-même,
pour la deuxième fois. Il a eu le taux qu’il
voulait. Ce n’est pas une surprise, loin s’en faut,
le commun des citoyens s’y attendait. Il faut dire que
beaucoup ont été plutôt surpris
par le taux de participation de 74,11%, qui a fait plusieurs
bonds trop grands, dans des intervalles très
petits. Mais bon ! Bouteflika réélu,
l’on s’y attendait, d’autant plus qu’il avait en face
de lui des lièvres, à quelques exceptions
près, lesquelles exceptions n’ont aucune assise
au sein du peuple. Une élection avec 90,24%,
cela ne sort pas de l’Afrique. C’est comme au plus fort
du parti unique. Il n’est jusqu’à l’ambiance
qui nous le rappelle d’une manière criarde, voire
criante, avec les mêmes slogans, les mêmes
chansons, et, s’il vous plaît, les mêmes
chanteurs !
Oui, comme au
plus fort du parti unique, l’on n’a pas lésiné
sur les moyens de l’État, qui ont été
mis au service du candidat… unique, au service de son
élection, et puis les organisations (de masse)
et autres associations, les hommes liges, les bouffons,
les zélateurs, les thuriféraires, les
satrapes, n’ont reculé devant rien pour un remake ;
certains ont peur pour leurs privilèges, d’autres
ont l’espoir de faire partie du sérail. En fait,
le Président avait déblayé le terrain
quelques jours avant la campagne. Il a épongé
les dettes des fellahs à Biskra, effacé
un montant de 14 milliards de dinars, (greffé
de l’argent public) ; puis à Sidi Bel Abbès,
il a augmenté la bourse des étudiants
universitaires de près de 50%. Mais c’est à
Arzew qu’il donnera toutes les promesses. Ainsi dans
le cadre du plan quinquennal 2009-2014, auquel sera
consacrée une enveloppe de 150 milliards de dollars,
il s’engagera à faire construire un autre million
de logements, à créer 3 millions de postes
d’emploi et à revoir à la hausse le SNMG
lors de la prochaine tripartite.
Aussi, les promesses
étant faites, à plusieurs reprises, lors
de la campagne, s’est-il même payé le luxe
d’être audacieux, de prendre des risques et de
dire qu’il n’avait pas à en faire, et que le
peuple n’avait qu’à s’en tenir à son programme
et aux réalisations des deux derniers mandats.
Le prix du baril de pétrole a fait des prodiges
et a même permis d’effacer la dette et de réaliser
quelques projets structurants. Mais le prix du baril
a dégringolé, les effets de la crise mondiale
se font sentir, le chômage fait des ravages, la
harga n’en finit pas de faire courir les jeunes, les
grèves se suivent et se ressemblent…Le terrorisme
frappe toujours. Le Président a été
réélu, le peuple l’attend.
A.
BOUMAZA
© El Watan du 11 avril 2009 |