
IL
REFUSE QUE SON PARTI SERVE D'ALIBI
Le
président de l’ANR claque la porte
Entre
Rédha Malek et l’ANR, ç’en est fini !
Le président charismatique de l’Alliance nationale
républicaine (ANR) a décidé de
prendre définitivement sa retraite en mettant
fin à sa carrière au sein de cette formation.
C’est ce qu’il a souligné, hier, dans une déclaration
rendue publique. Bien qu’attendue quelque part pour
un homme usé par une riche carrière politique
de plus de 50 ans, la décision de Rédha
Malek n’en est pas moins empreinte d’amertume. Le désormais
ex-président de l’ANR précise bien que
« ce n’est pas de gaîté de cœur
que j’ai pris cette décision ». Rédha
Malek établit un constat très politique
en faisant part de sa « crainte »,
qu’il partage avec « certains de nos membres
fondateurs les plus respectés, que la crise actuelle
du multipartisme et, plus profondément, celle
du pluralisme en général, ne dévaluent
complètement la pratique politique et ne la réduisent
à un simple alibi du pluralisme politique ».
C’est donc un signal de détresse que le vieux
briscard lance pour signifier qu’il n’est plus possible
pour un parti comme le sien de faire de la politique
en Algérie. L’auteur de la célèbre
formule proverbiale « la peur doit changer
de camp », durant les années de braise,
était sans doute loin de penser que cette même
peur pourrait s’installer un jour dans son propre camp.
Ironie du sort et de l’histoire, l’homme qui a fait
face à la nébuleuse intégriste
quand les fondements de l’Etat chancelaient est forcé
au silence maintenant que l’Algérie est debout…
Il est évident
que son discours offensif sur « l’islamisme
politique » est loin de cadrer avec la réconciliation
nationale version Bouteflika. Rédha Malek incarne
en effet, par ses idées et par ses idéaux,
presque l’antithèse de la rhétorique officielle
sur les voies de sortie de crise. Or il n’est à
présent pas de bon ton ni même de « bonne »
presse de casser l’unanimisme de façade. Rédha
Malek sait que son parti n’est pas à l’abri d’un
mouvement de « redressement »
en vogue en Algérie. C’est pourquoi il a préféré
prendre les devants pour ne pas être témoin
d’une dérive politique de l’ANR, à trois
mois de l’élection présidentielle. D’autant
que l’ANR n’est pas « exempte d’un tel danger,
surtout qu’elle a toujours placé haut la barre ».
Et à Rédha Malek de sérier les
principes directeurs de l’ANR : « Autonomie
vis-à-vis du pouvoir, rectitude morale, rigueur
intellectuelle, vocation éducatrice privilégiant
la formation citoyenne sur les jeux politiciens. »
La peur…
dans son camp
Rédha
Malek invite les militants de son parti à « y
réfléchir » et de tirer les
conséquences face à ce qu’il qualifie
de « la gravité de l’enjeu ».
Le désormais ex-chef de l’ANR suggère,
voire encourage les militants à opter pour une
initiative « plus radicale, celle de la rupture
avec les moules préétablis pour forger
de leur propre crû une dynamique nouvelle ».
Cette démarche pourrait permettre aux militants,
d’après lui, « de redécouvrir
les vertus exaltantes du militantisme tout autant que
la justesse des idéaux de l’ANR ».
En professionnel chevronné de la politique, Rédha
Malek affirme ne pas ignorer « les difficultés
auxquelles s’exposeraient les militants dans un contexte
peu propice à l’innovation et à la créativité ».
Mais « c’est à ce prix qu’une relève
digne de ce nom » pourrait émerger.
Enfin, le retraité de l’ANR lance un message
du cœur à ses militants, les invitant à
relever ce défi qui serait « le meilleur
hommage qu’on puisse rendre à l’esprit de l’ANR
et à sa filiation révolutionnaire du 1er
Novembre 1954 ». C’est l’ultime exigence
de Rédha Malek à l’égard des militants
de l’ANR ; un parti dont il ne veut manifestement
pas être témoin de son arrimage au long
cortège de la « Ouhda Thalitha ».
Il a donc préféré quitter la locomotive
avant que le train des soutiens de Bouteflika ne l’embarque,
lui à bord.
Déclaration
de Rédha Malek
J’ai annoncé
ce jour mon retrait définitif de l’ANR. Ce n’est
néanmoins pas de gaieté de cœur que j’ai
pris cette décision, partageant en cela la crainte
de certains de nos membres fondateurs les plus respectés
que la crise actuelle du multipartisme et, plus profondément,
celle du militantisme en général, ne dévaluent
complètement la pratique partisane, et ne la
réduisent à un simple alibi du pluralisme
politique. L’ANR est d’autant moins exempte d’un tel
danger qu’elle a toujours placé haut la barre :
autonomie vis-à-vis du pouvoir, rectitude morale,
rigueur intellectuelle, vocation éducatrice privilégiant
la formation citoyenne sur les jeux politiciens. Face
à la gravité de l’enjeu, il appartiendra
à nos militants d’y réfléchir et
d’en tirer toutes les conséquences. A moins qu’ils
n’optent pour une initiative plus radicale, celle de
la rupture avec les moules préétablis
pour forger de leur propre crû une dynamique nouvelle
où ils pourront redécouvrir les vertus
exaltantes du militantisme tout autant que la justesse
des idéaux de l’ANR. On devinera certes dans
un contexte peu propice à l’innovation et à
la créativité à quelles difficultés
s’exposerait pareille perspective. Mais l’émergence
d’une relève digne de ce nom est à ce
prix. Et relever un tel défi, ne serait-ce pas,
au fond, le meilleur hommage qu’on puisse rendre à
l’esprit de l’ANR et à sa filiation révolutionnaire
du 1er Novembre 1954 ?
Hassan
MOALI
© www.elwatan.com
jeudi 22
janvier 2009 |