
Le FFS brise l’écran
de la peur et l’Algérie retrouve un peu de son
âme
Il y a belle
lurette que la capitale du Djurdjura n'a connu tel évènement.
Après le passage du président candidat
la semaine dernière à Tizi Ouzou, qui
s'est transformée en ville garnison pour l'occasion,
passage salué comme un « grand succès »
par les partisans de Bouteflika qui ont décrété
la « pacification » de cette région
réputée frondeuse et rebelle, la sortie
publique du Front des forces socialistes, réussie
malgré son interdiction par les autorités,
restera l'évènement marquant de cette
campagne électorale à sens unique.
Cela fait de
nombreuses années que les rues de la ville des
genêts n'ont connu telle manifestation, marquée
par une participation citoyenne plus qu'honorable au
vu du contexte, et entièrement vouée à
l'opposition pacifique à un régime de
plus en plus omnipotent. C'est un fait majeur du point
de vue psychologique et symbolique. Le FFS a brisé
l'écran de la peur et a rendu à Tizi Ouzou
un peu de son âme.
Depuis trop longtemps, la rue kabyle a été
livrée soit à des mouvements violents
dont les desseins ne sont pas toujours ceux qu'ils prétendent,
soit à une minorité ralliée au
pouvoir et bénéficiant du soutien multiforme
de l'Administration. L'opposition politique légale,
pacifique par essence, a régulièrement
été empêchée de s'exprimer,
l'état d'urgence instauré depuis près
de deux décennies servant de prétexte
à l'étouffement de toute voix discordante.
Tant que des hommes et des femmes à la conviction
démocratique bien ancrée oseront braver
l'interdit, en toute responsabilité et au nom
de la liberté, tout espoir de voir l'Algérie
redresser la tête et accéder au statut
de véritable république peuplée
de citoyens et non de sujets n'est pas perdu. En effet,
ce qui vaut pour Tizi Ouzou vaut pour le reste de l'Algérie.
Et les manifestations publiques programmées dans
plusieurs régions par le FFS devraient redonner
espoir et courage à tous ceux qui croient encore
en un avenir démocratique possible.
Le chemin est sans doute long et semé d'embûches,
l'adversité est redoutable par sa puissance et
ses moyens, mais les causes justes finissent par triompher
un jour ou l'autre, pour peu que ceux qui les portent
ne renoncent pas. Monsieur Aït Ahmed en sait quelque
chose, lui qui a été parmi les premiers
à braver une force coloniale aussi redoutable
qu'impitoyable.
M.
A. BOUMENDIL
© Tout Sur l'Algérie du 03 avril 2009 |