
Absolutisme
Jamais dans
la jeune histoire du pays, le système politique
n’a autant porté à bout de bras le dirigeant
suprême chargé de l’incarner. Pour la troisième
fois, il va lui ouvrir les portes de la présidence
de la République en le préservant, cette
fois-ci, des grosses surprises de 1999 et de 2004 qui
avaient fait de lui un président mal élu.
Mieux encore, il va lui confectionner des taux de participation
et d’élection record devant effacer les chiffres
antérieurs jugés pas suffisamment valorisants.
Les adversaires alignés aux côtés
de Bouteflika n’ont été que des fétus
de paille, à peine en mesure de donner l’illusion
d’une élection pluraliste : ils n’ont jamais
pesé sur la scène politique, certains
sont même d’illustres inconnus. De bout en bout
de ce qui s’est fait appeler une campagne électorale
a été mise en branle une énorme
machine électorale en faveur du président
candidat. L’argent public et des sponsors privés,
pas toujours désintéressés, a coulé
à flots.
Quasiment aucun
espace politique n’a été ouvert en faveur
des partisans du boycott du scrutin et lorsqu’un leader
de l’opposition, Saïd Sadi, dut prendre une initiative,
celle de faire hisser en signe de deuil un drapeau noir
sur le siège du RCD, il subit un gigantesque
lynchage politico-médiatique auquel participèrent
de très hauts responsables de l’Etat. Le FFS
put toutefois mobiliser ses troupes en Kabylie et crier
sa colère contre le pouvoir jugé illégitime
et répressif. Dès demain donc, l’Algérie
sera conduite par un président de la République
doté de pouvoirs exorbitants que lui confère
le plébiscite du 9 avril et que renforcent les
nouvelles attributions apportées par la Constitution
réformée ; parmi elles la fin du
bicéphalisme de l’Exécutif et l’ouverture
de la Présidence à vie. L’Algérie
entre donc dans une ère d’absolutisme sans précédent
au moment même où une crise profonde affecte
la société dans son vécu quotidien
et paralyse l’Etat et ses institutions incapables de
négocier efficacement le virage de la modernité.
D’aucuns pensent
que Bouteflika, avec ses pouvoirs illimités,
aura les coudées franches pour faire décoller
le pays. Mais beaucoup restent sceptiques quant à
sa capacité à aller loin, car le système
qui l’a fabriqué, et qui le maintient vaille
que vaille, est hostile à tout bouleversement
qui remettrait en cause son statut de rentier et son
profond conservatisme politique et idéologique.
Et rien ne dit – du moins jusque-là – que Bouteflika
est animé de l’intention de changer les choses
et de donner des coups de pied dans la fourmilière.
Largement sécuritaire et profondément
populiste, son discours durant les dix-neuf jours de
campagne électorale n’a pas été
celui d’un homme porteur de grandes idées de
progrès, encore moins d’une révolution
.
Ali
BAHMANE
© El Watan du 09 avril 2009 |