
TAHAR DJAOUT
Françoise FOLLIOT
Tahar
Djaout est né le 11 janvier 1954 à Azzefoun, petit village sur
la côte de Grande Kabylie. Après des études scientifiques,
il s'oriente vers le journalisme et la littérature. Il publie ses premiers
poèmes dans Promesses, une revue qui permet dans
les années soixante-dix à toute une génération d'écrivains
de s'exprimer. Certains poèmes seront repris dans Solstice barbelé qui
paraît en 1975. Déjà se dessine la personnalité littéraire
de Tahar Djaout dans ses textes où l'émerveillement face à
la mer ne cache pas une rébellion voire une exaspération face
à tout ce qui bride la liberté. Son premier roman, L'Exproprié, paraît en 1981; œuvre
de jeunesse touffue et flamboyante à la fois, elle est portée
par le désir de libérer le peuple algérien comme par la
pensée des carcans qui l'enferment; mais c'est véritablement avec
Les Chercheurs
d'os que la
voix originale de l'écrivain se fait jour. Bâtie comme une sorte
de conte métaphorique, l'histoire se passe au lendemain de la guerre
d'indépendance. Les habitants d'un village partent à la recherche
des cadavres des "martyrs" tombés pour la juste cause. Aux
questions de la jeunesse, seule répond la glorification de ceux qui désormais
feront l'histoire et le système algériens ; fable caustique et
lucide, le roman porte un regard critique sur l'Histoire officielle du pays.
L'Invention
du désert,
publié en 1987, met en scène un personnage étonnant et
puissant, le moine-soldat Ibn Toumert, fondateur des Almohades, qui à
travers le désert et les montagnes fait œuvre de prédicateur illuminé
et de censeur dont la soi-disant pureté est mise à mal dans de
multiples situations. En parallèle, le narrateur en quête de ses
racines et d'une véritable pureté revient sur son enfance au fil
des voyages et de son récit.
Le dernier roman
de Tahar Djaout, Les
Vigiles (1991),
a reçu le Prix Méditerranée. D'une plume virulente et rigoureuse
l'écrivain y dénonce l'imposture de ceux qui ont utilisé
la guerre d'indépendance pour accéder au pouvoir et obtenir des
privilèges. Il s'attaque aux " vigiles " qui ont perverti les
idéaux de la révolution, mais aussi aux religieux qui comme les
premiers craignent la culture et l'intelligence.
Tahar Djaout, homme
de droiture et de rigueur, a combattu, comme journaliste et comme écrivain,
l'ignorance et l'obscurantisme. Partisan d'une démocratie laïque,
il récusait cet islam sclérosé qui envahissait son pays
; il s'inquiétait aussi de ce nationalisme sans retour critique sur l'Histoire,
de cet enfermement qui caractérisait le régime en place. Il s'en
prenait autant à "l'intégrisme avoué" qu'à
"l'intégrisme sans barbe". Il est mort le 2 juin 1993, victime
d'un attentat attribué à des intégristes musulmans.