Rachid Boudjedra Uno de los intelectuales, narradores y poetas ... Le Démantèlement L'amour de la haine Para no soñar más Cinco fragmentos del desierto Monologue avec Rachid Boudjedra Mémoire revisitée, refertilisée Le courage de Boudjedra «Rester en vie pour ne pas donner raison aux égorgeurs» La critique au-delà des «pretextes» linguistiques Boudjedra, ce «titilleur» de phantasmes L'ami de ceux qui titubent Dans le roman, le texte est poétique Écrire pour atténuer la douleur du monde La fascination de la forme Écrire algérien Avril, mois du patrimoine national?

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06 janvier 2005
La rencontre avec le romancier Rachid Boudjedra, d’abord conviviale, a été en quelque sorte poétique et surtout dans une liberté retrouvée, sans tabous. Le lectorat, avec ses goûts diversifiés, désirait des réponses à toutes ses attentes et interrogations et une explication à ce jeu complexe, humain et technique, de l’écriture. C’est une légitimité quand le public rencontré dans la célébrité de son romancier une fierté perdue.
Le texte est émotionnel et poétique dans le vrai roman. Dans le
roman, la thématique n’est qu’un prétexte, seule compte la technique
de l’écriture où la subjectivité joue un rôle central,
souligne d’emblée Rachid Boudjedra qui précise que l’objectif
de l’écriture est de donner du plaisir au lecteur. Dans le vif du débat,
il affirmera même, sans se soucier de gêner qui que ce soit, que
l’écrivain écrit pour lui-même, pour son propre plaisir.
Dans son rapport avec la production littéraire, l’écrivain écrit
dans la douleur. Rachid Boudjedra affirme que l’écriture est une jubilation
en se référant à un texte d’Ibn Arabi où il est
explicitement déclaré que l’acte d’écrire est un acte sexuel.
Depuis son éveil vers la littérature,
Rachid Boudjedra a toujours été fasciné par les textes
de rupture. C’est un vrai paradoxe (apparent) pour ceux qui connaissent l’engagement
politique de Rachid Boudjedra quand il déclare que «l’idée
d’engagement dans le roman politique est une sorte de prétention».
«J’ai défendu le roman non politique et c’est un fait connu, conclut-il,
que mes amis qui écrivent le roman politique n’ont jamais fait de politique».
En développant ses idées, il souligne que le problème pour
l’écrivain est l’érudition, c’est-à-dire la connaissance
des autres domaines, tels le cinéma, l’art, la poésie, la musique.
Il citera, à ce sujet, son expérience qui l’a amené à
travailler dans les domaines de l’art, du cinéma, de la poésie
et de la musique. Il est scénariste et il a structuré un de ses
livres sur la base d’une symphonie. A rappeler que le romancier est diplômé
d’une licence en mathématiques et d’une agrégation en philosophie.
Dans ses références, ses sources, ses maîtres qui l’ont
inspiré, il citera la poésie anté-islamique (particulièrement),
le Coran, Les Mille et une Nuits, Ibn Khaldoun, Ibn Arabi, Faulkner, Proust,
etc. Dans le débat, il citera par exemple le côté énigmatique
de certains faits historiques. Il citera la description d’Ibn Khaldoun, du rôle
de Tarik Ibn Ziyad dans l’occupation de l’Espagne, en soulignant que 10 000
Berbères et 300 Arabes étaient engagés dans ce combat qui,
drôle paradoxe de l’histoire, visait par le jeu de la jalousie du prince
de Bagdad à liquider Tarik Ibn Ziyad dans cette «aventure»
qu’à occuper l’Andalousie.
L’un des traits caractéristiques
des œuvres de Rachid Boudjedra, soulignent, entre autres, les intervenants Yayouche
Djaffar et Benchehida Mansour, enseignants à la Faculté des arts
et des lettres de l’université de Mostaganem, ainsi que Makhlouf Ameur
de l’université de Saïda, qui ont présenté un aperçu
sur son itinéraire et sa production littéraire, est la mise à
nu de ce «triangle des trois tabous» : la religion, la politique
et la sexualité.
Rachid Boudjedra est-il freudo-marxiste
? s’interroge, dans le débat, un universitaire. Le romancier répond
par l’affirmative. L’homme, explique-t-il, a toujours besoin de Freud et de
Marx et, ajoute-t-il, si on doit se référer à une morale
dans la politique, on doit se référer au marxisme. «Je suis
marxiste, répète-t-il, mais ça n’engage que moi, c’est
mon opinion.» Son langage nu, direct, sans détour et surtout d’une
grande sincérité (jusqu’à choquer parfois), excite le débat
et permet une belle et libre animation littéraire. Rachid Boudjedra n’a
pas mâché ses mots pour dire la vérité sur l’attribution
du prix Nobel à Naguib Mahfoud, basé sur son adhésion à
l’accord israélo-égyptien de Camp David. Il déclara dans
le débat, sur le rapport écrivain-société, dans
une suite de questions-réponses, qu’il refuse d’admettre à l’écrivain
le statut paternaliste de donneur de leçons et de lui préférer
un statut d’autonomie et de liberté d’appréciation au lecteur.
Il n’existe pas un roman de Rachid
Boudjedra qui ne soit construit et tiré de la réalité d’un
vécu, d’une histoire réelle, vraie. C’est, dit-il, par la porte
de la sensibilité qu’il rentre dans tout l’univers de la littérature.
Dans son intervention, le psychanalyste Khaled Ouaddah de l’université
d’Oran considère que la littérature romanesque (c’est sa particularité)
part du principe que tout être humain rêve, et que son rôle
est précisément de rétablir la parole.
La question taboutique est qu’elle
empêche la société de rêver. A une question sur ses
réactions après la relecture de ses œuvres après leur publication,
il répond qu’il adopte deux attitudes contradictoires. Tout d’abord,
il réalise un sentiment de contentement par rapport au travail réalisé.
En même temps, il a le sentiment sur certains écrits ou passages
d’insatisfaction, voire une attitude critique. Dans ses appréciations
sur la littérature algérienne, il rappellera que Mohammed Dib
est le fondateur de la littérature algérienne que le roman Nedjma
de Kateb Yacine reste, pour lui, un grand texte universel et que Jean Senac
(réhabilité) est son maître qui l’a encouragé sans
ses premiers écrits et sa réhabilitation est une fierté
pour l’Algérie. Une étudiante pose une question indiscrète
(c’est sa formulation) : quelle langue préférez-vous, l’arabe
ou le français ? Rachid Boudjedra affirme qu’il ne fait pas tellement
de différence entre le français et l’arabe. Mais, précise-t-il,
j’aime la langue de ma mère, la langue du non-dit, d’Abou Nouas et d’Omar
Khayam. Nos dialectes sont riches parce que ce sont des dialectes de la rue,
de la vie. J’ai intégré, précise-t-il, le dialecte chaoui
dans une de mes œuvres.
Une autre étudiante ose questionner
sur des aspects personnels : avez-vous dépassé votre traumatisme
d’enfance ? Mon traumatisme, répond-il, c’est la polygamie. J’étais
le dernier fils de la première femme et l’enfant d’un homme qui a quatre
femmes, 36 enfants et surtout une mère humiliée par un père
cruel. Si j’étais guéri de ce traumatisme, souligne-t-il, je m’arrêterai
d’écrire. Et de continuer, cette fois ironiquement, le bonheur, ça
ne rend pas intelligent. Le passage du romancier Rachid Boudjedra à Mostaganem
est un événement littéraire.
C’est dans une salle archicomble
à la salle des conférences de la bibliothèque de l’université
de Mostaganem que cette rencontre littéraire a permis à un public
assez large, un bref et soulageant plaisir. C’est absurde que des universités
américaines et européennes invitent nos romanciers et universitaires
algériens alors que l’université algérienne, en particulier
ses étudiants qui en font une demande prioritaire dans le cadre de leur
formation, s’en privent. C’est en ces termes que le doyen de la faculté
des arts et des lettres de l’université de Mostaganem, Ahmed Chaâlal,
a introduit la présentation de l’auteur de La Répudiation, décrit
comme «un homme libre dans sa création, qui n’écoute que
sa conscience».