Rachid Boudjedra Uno de los intelectuales, narradores y poetas ... Le Démantèlement L'amour de la haine Para no soñar más Cinco fragmentos del desierto Monologue avec Rachid Boudjedra Mémoire revisitée, refertilisée Le courage de Boudjedra «Rester en vie pour ne pas donner raison aux égorgeurs» La critique au-delà des «pretextes» linguistiques Boudjedra, ce «titilleur» de phantasmes L'ami de ceux qui titubent Dans le roman, le texte est poétique Écrire pour atténuer la douleur du monde La fascination de la forme Écrire algérien Avril, mois du patrimoine national?

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Alger, le 20 avril 1997
En lisant le travail d'Armelle Crouzières-Ingenthron, présenté
sous le titre générique : "Le moi et l'autre : écrire
le double pluriel dans les romans de Rachid Boudjedra", je suis saisi par
cette impression que le moi est l'autre et que le double n'est pas l'autre.
Il est en effet pluriel. Ce texte d'une grande intuitivité et d'une rare
finesse me fait me retourner pour voir, derrière mon dos, qui se profile.
Moi - l'autre ? Moi - les autres ? Je ne peux répondre à une telle
question, tant l'écriture est une affaire qui échappe à
celui qui la produit. Ce qu'Armelle Crouzières-Ingenthron développe
dans le troisième chapitre : à la recherche de l'inconscient.
Il s'agit en effet de cela et que l'auteur appelle "le
labyrinthe de symboles". Un labyrinthe où le premier perdu est l'écrivain
lui-même qui certes se découvre au fil de l'analyse pertinente,
généreuse et passionnée, mais se dé-couvre, aussi.
C'est-à-dire qu'il se trouve mis à nu, débusqué
et surtout : désarticulé.
Faulkner a bien parlé de cette attitude de l'écrivain
face à son travail. Assistant à un cours sur son œuvre à
l'Université de Virginie en 1954, il eut ce mot : "Je ne savais
pas qu'il y avait tant de choses dans mes romans. J'ai fait là d'étonnantes
découvertes." Et en lisant le livre d'Armelle Crouzières-Ingenthron,
je me surprends à m'étonner devant ce miroir diffracté
qui renvoie une multitude d'aspects, de formes et de visages qui me concernent,
me touchent et m'émeuvent mais qui me semblent aussi concerner un autre
écrivain qu'il m'arrive de lire ou de relire de temps à autre.
Mais en fait très rarement.
Cette multiplicité ambiguë des phénomènes
conscients et inconscients de l'écriture est au centre de ce livre qui
fouille avec une amplitude extraordinaire, "cette fragilisation du monde"
selon Michaux, de l'acte d'écrire. Acte, somme toute, dérisoire
par celui qui l'accomplit dans le sens où, sans une charge importante
de dérision, l'écriture n'est pas efficace parce qu'elle manquerait
d'insolence vis-à-vis d'elle-même, dirait Sophocle.
Planté dans cette fragilité primordiale de l'humain
(et pas seulement de l'écrivant) qui rend l'homme accessible par ce geste
pathétique, ce travail qui nous est donné à lire est un
éclairage à la fois astucieux, érudit et sensible qui met
l'œuvre sur son orbite, la transcende et la ramène à sa fonction
fondamentale : le plaisir du texte.
Ce plaisir du texte est l'essence même du livre d'Armelle
Crouzières-Ingenthron. Il n'a pas l'aridité des livres trop savants
et chirurgicaux mais une certaine sensualité extrêmement rigoureuse
qui renvoie, à la fois, au charnel et au métaphysique. Il y a
là comme une virtuosité émouvante et attachante qui donne
au travail de l'écrivain sa raison d'être et de ne pas être,
à la fois.
Sa jubilation et sa torpeur, aussi.
Armelle Crouzières-Ingenthron enseigne le français et les littératures francophones à Middlebury College dans l'état du Vermont aux Etats-Unis. Spécialiste de la littérature maghrébine, elle a publié de nombreux articles sur Rachid Boudjedra, Nina Bouraoui, Malika Mokeddem, Leïla Sebbar. Son travail de recherche actuel porte sur la littérature beur et le cinéma franco-maghrébin et, principalement, sur la littérature des femmes des Antilles, de l'Afrique sub-saharienne et du Maghreb.