Rachid Boudjedra Uno de los intelectuales, narradores y poetas ... Le Démantèlement L'amour de la haine Para no soñar más Cinco fragmentos del desierto Monologue avec Rachid Boudjedra Mémoire revisitée, refertilisée Le courage de Boudjedra «Rester en vie pour ne pas donner raison aux égorgeurs» La critique au-delà des «pretextes» linguistiques Boudjedra, ce «titilleur» de phantasmes L'ami de ceux qui titubent Dans le roman, le texte est poétique Écrire pour atténuer la douleur du monde La fascination de la forme Écrire algérien Avril, mois du patrimoine national?

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18 décembre 2004
Face à un public dense, dont un groupe du département de français venu en car spécialement depuis Tiaret, Rachid Boudjedra fera une lecture appliquée de son parcours.
Depuis sa tendre enfance - et le traumatisme
symbolique qui continue de le poursuivre - en passant par ses premières
années de prof de philosophie jusqu’à l’émergence de l’écrivain
francophone, qui passera naturellement à l’arabe pour parler à
ma mère, concédera-t-il avec beaucoup d’émotion. Revenant
sans cesse sur les motivations profondes qui sous-tendent son œuvre, il mettra
l’accent sur le choc provoqué chez le jeune enfant par la polygamie du
père qui prendra pas moins de quatre épouses dont il aura 36 enfants.
C’est l’humiliation faite à sa mère qui, de par son statut peu
enviable de première épouse, devait subir toutes les humiliations,
qui marquera à jamais le jeune Rachid. D’où la violence de La Répudiation qui le fera
entrer de plain-pied dans la littérature non conventionnelle. Subversive,
selon les termes inquisitoires des partisans d’une littérature arabe
aseptisée. D’où seront bannies la violence, l’amour, l’érotisme,
la misère, l’homosexualité et tout ce qui choque la société
bien pensante, bourgeoise et terriblement hypocrite. Réfutant toutes
ces critiques, il dira sa nette préférence pour les pauvres et
les marginaux, qui hantent l’ensemble de son œuvre. C’est ainsi que l’on apprendra
que, derrière les personnages qu’il met en situation dans ses romans,
se cache toujours une histoire humaine. Il étonnera beaucoup les nombreux
étudiants venus l’écouter, en s’attardant sur ses rencontres avec
ses héros. "Ce sont, dira-t-il, des Algériens comme
vous et moi, à la seule différence qu’eux vivent une grande détresse,
à la lisière de la société. Des gens qui titubent."
A
l’image du héros de Timmimoun, qui s’avère être un ami
du romancier. "C’est grâce à lui que j’ai aimé cette
sublime oasis et à que j’y ai acquis une maison, dira-t-il, avant d’ajouter
que ce pilote de chasse, dans un moment d’extrême détresse, s’était
donné la mort voilà deux ans". Reconnaissant à Kateb et à
Dib leur supériorité sur Naguib Mahfouz - un écrivain pour
adolescents qui ne doit son prix Nobel qu’à sa caution à la capitulation
de Camp David - il leur reprochera l’absence de subjectivité et de sexualité
dans leurs romans. C’est ce quelque chose qui manquait au roman algérien
que l’auteur du Désordre des choses et de L’Insolation dira avoir apporté. A une frêle
étudiante qui lui demandait sa définition du roman, il répliquera
qu’en aucune manière ce ne doit être un tract politique. Ce qui
l’amènera inévitablement à remettre en selle sa querelle
avec les écrivains à l’image de Mimouni et de Sansal, qui auraient
manqué de courage, car n’ayant jamais fait de politique. Pour Rachid
Boudjedra qui n’omet pas de sublimer l’héritage khaldounien pour sa rigueur
scientifique, un roman doit surtout véhiculer de la poétique au
détriment de la thématique. A ceux qui lui parleront de son côté
provocateur, il rétorquera que c’est une image qu’on a voulu lui coller,
"car
en réalité j’ai seulement cherché à faire exploser
les tabous, violenter le texte littéraire et introduire la sexualité
et l’érotisme dans la littérature arabe contemporaine." A celui qui
lui parlait de son marxisme assumé et son engagement, il rejettera catégoriquement
la notion d’écrivain engagé, qui ne veut plus rien dire de nos
jours. "J’écris
pour me guérir de mes blessures d’enfance, car pour moi, soulignera-t-il,
les mots doivent être plus forts que les bombes." A la question
de savoir ce que pensait le père spirituel du Fis de la haine de l’amnistie
globale, Boudjedra répondra avec véhémence qu’il n’avait
pas écrit ce livre pour qu’on libère les assassins. C’est avec
beaucoup d’émotion qu’il parlera de Jean Sénac, dont il salue
la réhabilitation, et de Mohamed Dib et Kateb Yacine, assurant que leurs
œuvres seront bientôt traduites à l’italien. En quittant Mostaganem,
il aura une pensée particulière pour Benanteur et Khadda, ces
enfants terribles de Tigditt, au talent consommé, dont il dira le plus
grand bien. Ainsi que pour cet enseignant de littérature qui lui suggérait
qu’au lieu du triangle sacré - politique, sexe et religion - qui lui
vaudra tant de haine de la part des extrémistes, désormais, il
faudrait parler du triangle qui dérange.