Rachid Boudjedra Uno de los intelectuales, narradores y poetas ... Le Démantèlement L'amour de la haine Para no soñar más Cinco fragmentos del desierto Monologue avec Rachid Boudjedra Mémoire revisitée, refertilisée Le courage de Boudjedra «Rester en vie pour ne pas donner raison aux égorgeurs» La critique au-delà des «pretextes» linguistiques Boudjedra, ce «titilleur» de phantasmes L'ami de ceux qui titubent Dans le roman, le texte est poétique Écrire pour atténuer la douleur du monde La fascination de la forme Écrire algérien Avril, mois du patrimoine national?

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30 avril 2005
Jeudi, Skikda était chez Rachid Boudjedra. Ce n’était pas l’inverse. L’auteur a réussi à titiller une ville en éternelle convalescence littéraire pour la ramener à sa tribune.
Il l’a fait sortir, l’instant
d’une rencontre, de son assoupissement pour l’obliger à « feindre
» son quotidien, à se dévoiler et à parler d’autre
chose. Des figures locales qui ne s’entrecroisaient plus depuis des lustres
étaient là. Les organisateurs, l’Union locale des écrivains
algériens et la Direction de la culture, étaient, quant à
eux, comme déjà « envoûtés » par l’agréable
insubordination de Boudjedra, et du coup, ils s’immisceront dans cet état
d’esprit pour exposer leur fierté d’avoir réussi à perpétrer
un électrochoc dans le fait culturel local.
Et puis, c’était vrai ! Une
nette effervescence régnait dans le hall du théâtre communal.
Et quand Boudjedra apparut enfin, on arrivait aisément à lire
sur les visages de ces jeunes curieux, de ces érudits et même chez
les anciens « volontaristes » le même regard empli de badauderie
et d’un petit brin de circonspection. L’homme, lui, restait très sobre.
Sobre comme son accoutrement du jour : un noir total contrasté par une
écharpe blanche et par une rose rouge qui ne quitta jamais sa main droite.
D’abord, il se pliera à de
plaisantes dédicaces avant de rejoindre sa tribune. Avant de raconter
« sa » littérature, Boudjedra tiendra à délimiter
les contours des débats. « Pas de politique, seulement la culture
et la création ». Voilà qui est dit. Puis, Boudjedra commence
à parler de Rachid. A le situer dans l’univers opisthographe algérien.
« Je pense que je fais partie de la troisième génération
», entonnera-t-il pour agencer par la suite le périple du patrimoine
littéraire national avec une chronologie plutôt procréatrice
que temporelle : « La première génération que je
qualifie de fondatrice a commencé avec les Mammeri, Feraoun ; la seconde
pour moi, elle est représentée par Kateb.
C’est la génération
de rupture. » Sentant a priori qu’il n’a pas encore tout dit à
propos de Kateb ou qu’il a été mal « rapporté »,
Boudjedra dira : « Nedjma est pour moi le plus grand roman universel.
C’est un roman anticolonialiste avec cependant ce génie d’évoquer
le colonialisme sans le nommer. » Mais cela ne suffit pas aux yeux de
Boudjedra qui relance : « Chez Kateb, il y avait une modernisation, c’est
un écrivain de sa génération et malgré la structure
de Nedjma, des tabous n’ont pas été levés pour autant.
Kateb était taboutique. »
Et voilà que l’on arrive aux sèves, aux prédilections de
Boudjedra. Les tabous, c’est connu, c’est son ennemi. « La femme dans
Nedjma est un fantôme. Chez moi, la femme est un être, un corps...
» Boudjedra n’aime pas le « sommaire », il le dit et il le
clame : « En lisant les romans de la première génération,
je n’ai pas été remué. C’étaient des romans simplifiés.
» Il lui en fallait plus.
Et puis « la vie n’est pas
si simple, elle ne coule pas impassiblement ». Alors, il a décidé
de puiser de son encre pour briser cette trinité taboue que la littérature
se devait de faire. Aujourd’hui, il revient à quadrupler les interdits.
Après le sexe, la religion et le politique, Boudjedra se lance contre
la simplicité. L’écriture ne serait pas un agencement de mots.
Le roman n’est pas un acte de narration d’histoires sinon « les bars d’Alger
peuvent assouvir toutes les envies d’écouter raconter les drames et les
histoires... »
L’écriture, c’est plus sérieux
et, donc, plus complexe. « L’écriture c’est : plaisir et savoir
». Et pour en faire, il faudrait réussir à confondre textualité,
poétique, structure et érudition. Autant d’ingrédients
que l’auteur cherche à assurer pour éviter de se voir «
trop compris » et de préserver son aura de « douteur métaphysique
pour l’éternel ». « On me dit que pour me lire il faudrait
se munir d’un dictionnaire, qu’à cela ne tienne. On m’en a voulu une
fois pour une phrase de dix pages.
Pourquoi pas, pourvu que la structure
y soit. » Normal, le romancier n’a pas cessé de le répéter
: « Je suis d’abord un poète... » Et quand on aura discerné
ce sens, on aura alors tout compris.