L E R Ê V E I N T E R D I T
un certain jour
dans la Cité
aux remparts des rêves
interdits
qu'on dût réapprendre
à se forcer à admirer
à perte de vue
un incendie
du soleil
aux parfums de fines fleurs
de l'Éternel Renouveau
qui tarde toujours à percer
et
brandissant le flambeau d'une
liberté liliale
on décida de s'en aller
chantant
-sur l'air des lampions-
le long des rues déshéritées
injuriées
"bedd ad twalid
ruh ad tawid
qim ulac"**
un pont
suspendu
un pont virtuel
immatériel
un pan de soi-même
qui remonte au Déluge
au Siège de la Mémoire
comme remonterait ce soleil
sur l'horizon
non mais alors
c'est le vent coulis il secoue
il donne froid
un chant qui sourd et monte
dans le ciel
comme ce soleil brisé
qui se ramasse
pour un pays à musique
que l'Avenir se conjugue au
Passé
de
Nos Montagnes
il court
le monde
(et puis) ça gonfle
ça déborde -un fleuve limoneux-
le peuple longtemps adolescent
ne mue pas
d'ailleurs il n'avait jamais
bêlé
il secoue il donne froid il
gonfle il déborde
les gènes manipulés
ne répondent plus
ils vibrent aux roulements
de tambours aux galops
de Jugurtha des circoncellions
susurrés par les Rumeurs
du Temps
qui secouent qui donnent froid
à coups même
de confettis
pourtant
il n'est pas interdit de rêver
mais
comme nous le savons
les vampires sortent la nuit
avec les larmes de crocodiles
*
Poème publié aussi à « Alger-Républicain »,
en mai 1990 ; « El Vigía » (en espagnol),
en mars 1995.
**
En berbère: "debout, tu verras (assisteras)
en
y allant, tu ramèneras
assis,
rien".
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