LE BERGER DES SIÈCLES

 anib10.gifPoèmes

Abderrahmane MISSOUMI

 

    Mohamed Ziane-Khodja est natif de Takrietz, un village de Sidi-Aïch. C'est un jeune poète au talent très prononcé qui s'est fait remarquer aux « Poésiades » 89 de Béjaïa. Il nous a fait parvenir un recueil aux senteurs combien lénifiantes, intitulé "Le berger des siècles".

     Déchirures procède de la volonté de nous faire entrer dans un monde nébuleux que dans un univers fictif. Nous ne sommes jamais les possesseurs de demain. Nous n'avons sur l'avenir qu'une conscience à plusieurs étages

                    «Le train routinier
                  Du temps
                  Au temps
                  Roule à vive allure
                  À destination "Avenir Incertain»

     Pluie de la forêt constitue une somme métaphorique qui, par ses couleurs, sons et musicalité, équivaut à un mystérieux soliloque :

                   «Dans la ronceraie des temps
                 Elle a découvert en moi
                 L'oubli de soi»

     Avec Le Vieillard, Ziane-Khodja met ses pas dans ceux de Brel et nous peint l'existence glaciale de celui qui :

                    «Le pas lourd
                 Sous le faix des ans
                 Il craint le miroir
                 L'avenir l'horrifie»

     Ce qui rend encore plus intéressant et significatif ce recueil, c'est qu'il abrite des hantises à purger. Il restitue le poids du vécu, la gratuité d'une méchanceté contemporaine prolifique au point où l'homme ne semble vivre que par procuration :

                    «Syndrome de l'hiver nucléaire
                 Futurologie de l'Apocalypse
                 Assassins de l'Amour
                 On est dans la même galère
                 Voguant sur une mer indéfinie
                 Nous propulsant
                 Au pays du Drame»
     (Le Suicide)

     Si on parcourt le poème intitulé F... comme Femme, on est d'abord frappé par la luxuriance d'un intérieur sublimé ; l'auteur relance l'inspiration et distribue le possible :

                «Alors sans toi
                Il cracherait du feu
                Partout ailleurs
                Même dans les jardins»

     Mère Africa fait chanter les douleurs d'un continent et que le jeune poète laisse évoluer sur une saveur aigre, sans pour autant lui fermer les chemins de la liberté :

                 «Tu avorteras
               Ils ne tolèrent plus les offenses»

     Mais Mohamed Ziane-Khodja peut aller plus loin dans l'expression poétique ; il a inscrit, avec le petit recueil "Le berger des siècles", des dispositions qui se rattachent à la définition du talent.

Article paru dans  « Le Chroniqueur »  du 24 au 30 décembre 1990.