
D É C H I R U R E S *
le train routinier
du temps
au temps
roule à vive allure
siffle avant de s'arrêter
la gare en effervescence
y a du monde
qui descend
qui monte
qui se quitte
qui se rencontre
qui pleure
qui rit
puis siffle avant de démarrer
le cœur la gorge serrés
débordés
de remords
les yeux perlés
de larmes
pétillent
de rage
un oiseau deux oiseaux quatre
moutons
en sortent s'en échappent
repeuplant les souvenirs innocemment
tus
effluves capiteux des renoncules
de l'Enfance
un instant des premières-dernières
effusions
et on fait la ronde quand
même
un oiseau deux oiseaux
on se jette des fleurs
fanées
on jure de ne pas s'oublier
et tout le bazar
mais
à peine le train s'éloigne
et les quais désolants
aussi
deux oiseaux un oiseau un
point dans le ciel
le ciel
on oublie
tout s'oublie
puis le train reprend son
allure
à destination "Avenir-Incertain"
au pays de l'oubli
plutôt de l'habitude
il siffle avant de s'arrêter
il siffle avant de démarrer
* Poème publié aussi à « Algérie-Actualité » (par Tahar Djaout), entre autres, en juillet 1992.
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