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02 mai 2005
Mohamed Benchicou est-il un prisonnier d’opinion ou un simple détenu de droit commun? La question ne se pose même pas en Europe où l’on assiste à une accélération du mouvement de solidarité qui a pris forme dès l’incarcération du directeur du Matin.
La lettre ouverte
d’un groupe de parlementaires socialistes français, adressée au
président Abdelaziz Bouteflika, en est une preuve parmi d’autres. "Incarcéré
depuis le 14 juin 2004, à la suite d’une condamnation à deux ans
de prison pour "infraction à la loi régissant le contrôle
des changes et des mouvements de capitaux", le journaliste et directeur
du quotidien Le Matin Mohamed Benchicou s’est vu refuser le 20 avril dernier
sa demande de remise en liberté pour raison de santé", précisent
ces parlementaires qui dénoncent également les condamnations à
des peines de prison ferme prononcées à l’encontre d’autres journalistes
algériens. Cette lettre ouverte est suivie d’une pétition pour
exiger la libération de Mohamed Benchicou, la relaxe et l’arrêt
des poursuites contre les journalistes et les directeurs de journaux condamnés
le 25 avril dernier ainsi que la révision du code pénal et du
code de l’information qui "prévoient des délits de presse
incompatibles avec l’exercice de la liberté d’expression". L’initiative
du comité de soutien en Allemagne pour les journalistes algériens,
qui consiste à faire réagir les syndicats de journalistes de ce
pays sur l’incarcération de Benchicou, s’étend aujourd’hui aux
principaux partis politiques européens. Une initiative de sensibilisation
qui a porté ses fruits puisque le cas Benchicou a été soulevé
lors du passage de Farouk Ksentini et de Ahmed Ben Bella devant le Parlement
européen. De leur côté, le Rassemblement pour une Algérie
progressiste et Radio Galère organiseront, le 7 mai prochain, un gala
de solidarité avec le directeur du Matin et l’ensemble de la corporation
journalistique algérienne. Un débat sur la situation de la presse
en Algérie sera animé à cette occasion par le journaliste
Arezki Metref. Mais qu’en est-il du soutien à Mohamed Benchicou ici même
en Algérie. Mis à part les actions du Comité Benchicou
pour les libertés, qui consistent, entre autres, à faire acte
de présence au tribunal d’Alger lors des audiences hebdomadaires, le
mouvement de solidarité est quasi inexistant. La famille de la presse
qu’elle soit indépendante, pro-pouvoir ou publiquesemble ne pas se soucier
du devenir de Benchicou. L’argument avancé, et qui est celui des autorités
algériennes, est que Mohamed Benchicou a été condamné
pour un délit économique. La corporation affiche un civisme puritain
pour s’éviter de défendre Benchicou et échapper, ainsi,
aux foudres des tenants actuels du pouvoir. Ceux qui croient et qui défendent
publiquement l’innocence du directeur du Matin sont très peu nombreux
en ces temps de normalisation. Une situation qui ouvre la voie à de bien
curieuses initiatives. En effet, le FLN de Abdelaziz Belkhadem célébrera,
demain 3 mai, la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Une occasion que ce parti fêtera en grande pompe au Centre international
de presse. Le CIP où Abdelaziz Belkhadem avait annoncé, il y de
cela une semaine, que Mohamed Benchicou n’est pas un détenu d’opinion.
"Il est inexact de dire que Mohamed Benchicou est emprisonné pour
délit d’opinion puisqu’il n’a jamais été poursuivi pour
ses écrits", a-t- il lancé du haut de la tribune du Forum
d’un quotidien pro-pouvoir dont le directeur a lui-même été
condamné à deux mois de prison ferme.
