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 15 juin 2005

Mohamed Benchicou que je vois tous les lundis au parloir depuis un an a voulu marquer cet anniversaire du 14 juin par un message d’optimisme et de détermination qu’il adresse à tous les Algériens libres et qu’il m’a demandé de vous transmettre. Il commence par vous dire ceci :

“En ce jour de printemps qui me voit boucler un an d’emprisonnement, en ce jour qui me rappelle les douze ans d’absence de T. Djaout
- je tiens à vous redire, au risque de ne pas surprendre mes geôliers qui n’ont reculé devant aucune vilenie pour me faire plier, que rien en moi n’est altéré :
- je ne renie aucun de mes engagements, je ne regrette rien de ce que j’ai écrit et pensé.
- J’en suis toujours fier et je n’ai à demander pardon de rien, ni à personne.
- Nos persécuteurs auront vainement déployé leurs procédés indignes. Je les laisse à leur infamie. En un an, j’ai appris auprès des compagnons de cellule, plus dignes que ne le seront jamais mes geôliers, la noblesse de notre combat. En un an, j’ai réappris le courage grâce à toutes ces vaillantes voix amies d’Algérie et d’Europe qui, par l’opiniâtreté de leurs refus et contre les lâchetés et les silences serviles, ont empêché la victoire de l’oubli et de l’indifférence. Merci à eux ! Merci pour les enfants de cette terre violée !” A ceux parmi ses confrères qui sont demeurés des plumes libres et dignes, aux Algériens qui refusent de baisser le front et persistent à dire leur mot, Mohamed Benchicou leur fait part de son admiration et leur délivre ce message d’espoir : “Restez la voix de ceux qui n’en ont pas, laissez la troupe de supplétifs philosopher avec les bourreaux. Après une année d’incarcération, je puis vous confirmer que la prison est impuissante à enfermer les esprits libres. C’est là, la victoire sur les tyrans et que nous remportons à notre tour. “Vous avez raison aujourd’hui plus qu’hier, à présent que s’hypothèquent nos libertés, de rester au service exclusif de la vérité et des humiliés. Qu’importent leurs prisons, dans cette Algérie où l’on meurt pour dire. On peut bien risquer de ne plus jouir soi-même de la liberté s’il s’agit de préserver celle des autres, de ceux qu’on aime, de leur épargner la déchéance définitive de la servitude. Nos enfants méritent de vivre dans la lumière.”

Mohamed Benchicou vous donne rendez-vous pour d’autres printemps.