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15 juin 2005
Les "irréductibles" combattants pour les libertés se sont donné rendez-vous, hier, à la Maison de la presse pour "commémorer" la première année de prison de Mohamed Benchicou mais aussi pour se recueillir sur la mémoire des victimes de la marche du 14 juin 2001.
Ils n’étaient certes pas assez nombreux à répondre, hier, à l’appel du Comité Benchicou pour les libertés, mais dans ce type de combat la qualité prime souvent sur la quantité. Si Mohamed Baghdadi, Ali Yahia Abdenour, Sonia, Khaled Guermah, Redouane Osmane, Abrika, Hafnaoui Ghoul, Abdelaziz Rahabi, Smaïn Lalmas, les militants du Mouvement citoyen du Sud, les membres du bureau national du MDS et bien d’autres encore se sont joints à la famille de la presse pour célébrer cet amer 14 juin. Une date à marquer d’une pierre noire qui coïncide avec l’emprisonnement de Mohamed Benchicou et le décès de nos confrères Nedjma Fadhila et Zerrouk Adel, morts lors de la marche algéroise du mouvement citoyen en 2001. Cette journée a d’ailleurs débuté à 11 heures 30min par un recueillement devant le hangar de la RSTA où Fadhila et Adel ont été fauchés par un bus. Les doigts en signe de victoire et scandant "Jugez les assassins!", les manifestants du jour provoqueront un bouchon sur la rue Hassiba-Ben- Bouali sous le regard étonné des passants. On ne voit plus beaucoup de manifestations en cette ère de normalisation. La télévision d’Etat était absente hier. Mais les caméras des renseignements généraux se sont chargées d’immortaliser l’événement. Retour à la Maison de la presse qui se trouve à quelques mètres seulement. Juché sur les marches du perron du bâtiment central, Si Mohamed Baghdadi s’aide d’un mégaphone pour présenter le reste du programme de la journée. Le mégaphone passe entre les mains de Mokhtar Benchicou qui lira un message écrit du fond de sa cellule par son neveu. L’assistance redécouvre avec joie le style unique du directeur du Matin. Les 365 jours d’emprisonnement n’auront pas altéré sa détermination à poursuivre son combat. Ahmed Fatani, directeur de la publication du quotidien L’Expression,prend la parole à son tour. "Certains confrères usent de tous les moyens médiatiques pour accélérer la libération de Mohamed Benchicou, d’autres, par contre, le font dans une totale discrétion", a-t-il déclaré en reconnaissant toutefois que la mobilisation est bien trop timide. Redouane Osmane, porte-parole du Conseil des lycées d’Alger (CLA), dressera un tableau noir des libertés individuelles et collectives en Algérie. "Inutile de se demander pourquoi la mobilisation est quasi inexistante lorsque tous les canaux d’expression sont fermés. Ils veulent baisser la tête des Algériens mais nous ferons en sorte de la relevé", criera-t-il de sa voix de stentor. Les victimes d’Octobre 88 n’ont pas été oubliées. Si Mohamed Baghdadi a tenu à rafraîchir les mémoires de certains en rappelant l’essence démocratique du soulèvement du 5 octobre. Mais comme en 2001 et en 2004, le 14 juin de cette année a ramené avec lui son lot de mauvaises nouvelles. Les verdicts et le réquisitoire prononcés, hier, par la chambre des délits de presse du tribunal d’Alger à l’encontre de Kamel Amarni, Fouad Boughanem et Ali Dilem gâchent l’ambiance. Des sentences dénoncées haut et fort par Me Ali Yahia Abdenour. C’est également lui qui remettra à Hakim Laâlam le premier prix "Benchicou pour la Plume libre". "Le fumeur de thé cultive une autodérision dont seuls sont capables les défenseurs des déshérités", dira-t-il à son sujet. Hakim Laâlam cache mal son émotion. Sa tristesse aussi. "Ma joie, ma joie totale, le pied intégral, permettez-moi de la mettre un peu en veilleuse et d’attendre que Mohamed sorte de là-bas pour me remettre ce prix."
