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 15 juin 2005

Je sais ce qu’est le supplice, je sais aussi ce qu’est la souffrance, je connais le sentiment d’injustice, et je sais aussi ce qu’est la prison. Ce que je ne savais pas c’est que nous allions être victimes du pouvoir dans la construction d’une démocratie de façade, qui fait croire aux gens qu’il y a une liberté d’opinion, de la presse et le droit à la critique. Comme il est dur, mon ami, de se retrouver seul entre quatre murs insalubres. En fait, c’est mon pays qui est une prison.
Ils n’entendent pas tes cris, certes, mais ils se délectent de ta douleur, et de ta torture. Ils en ont besoin pour vivre telles les chauves-souris dans le noir. Mon tort et le tien, Mohamed, est d’avoir osé dire et de n’avoir rien dissimulé… Notre tort est de ne pas avoir emprunté des chemins tout tracés, nous n’avons pas succombé au chant des sirènes et avons marché à contre-courant. Un courant qui a charrié les principes, tous les principes. Que reste-t-il de la dignité, de l’honneur ? Que reste-t-il des hommes ? Ainsi nous vivons l’époque de ceux qui mutilent les principes et les valeurs du peuple. Pauvre peuple qui ne voit en ses responsables et gouvernants que l’injustice, l’arbitraire, l’abus d’autorité et de pouvoir. Un peu comme s’ils étaient venus d’une autre planète, ou venus pour se venger de ce peuple. Notre tort, Benchicou, le mien, celui de Benaoum, de Boughanem, de Hakim Laâlam est des autres est d’avoir fait de notre plume, une arme et de la liberté de la presse, un rempart. Je n’ai jamais oublié, les pleurs de ma mère, les cris de ma fille, le désespoir de ma femme alors que j’étais en prison menotté tel un criminel. Sans nos frères, nos amis et ceux qui croient en notre combat, nous aurions été oubliés et à jamais… J’ai du mal à oublier les larmes de ta femme, l’image insupportable de ta mère, cette vieille femme qui ne réalisait pas ce qui lui arrivait et ce qui arrivait à son fils. Mohamed, tu entames ta deuxième année en prison, tu t’y fais peut-être. Nous, nous avons mal et attendons ta libération… Je sais que dans mon pays, croire en la liberté est une malédiction… Alors de grâce ne crois plus en ce principe….

Hafnaoui Ben Ameur Ghoul,

Djelfa, le 14 juin 2005