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15 juin 2005
Le journaliste et directeur du journal Le Matin boucle en ce 14 juin une année de détention. Douze mois sur les vingt-quatre auxquels il a été condamné il y a un an par le tribunal d’El-Harrach viennent de s’écouler. Comment le prisonnier le plus célèbre de la maison d’arrêt d’El-Harrach les a-t-il vécus ? La question nous l’avons posée à son avocat et ami, Me Abdellah Benarbia, qui, depuis son incarcération, lui rend visite presque chaque jour. Il ressort de ce petit entretien, que l’avocat a bien voulu nous accorder, que Mohamed Benchicou vit sa détention avec beaucoup de philosophie.
Le Soir d’Algérie : Vous rendez régulièrement
visite à Mohamed Benchicou. De vos différents entretiens comment
pensez-vous qu’il a géré ses 366 jours de détention, alors
qu’il lui en reste autant à passer ?
Abdellah Benarbia : Je peux vous assurer que M. Benchicou dispose actuellement d’un très bon moral, pour ne pas dire d’un moral d’acier qui résiste à toutes les épreuves, à l’exception de ses problèmes de santé.
L. S. : Justement, comment arrive-t-il à vivre
et à supporter sa maladie ?
A. B. :
Il faut savoir qu’avant
son incarcération, il se soignait pour une arthrose cervicale, pour laquelle
il était suivi par des spécialistes. Depuis son incarcération,
les soins appropriés ne lui sont plus administrés. Cela, bien
évidemment, se répercute sur son état de santé.
Sa maladie se détériore et menace sérieusement de paralysie
son bras droit.
L. S. : Arrive-t-il à gérer moralement
cette menace ?
A. B. :
Malgré son état de santé déficient, faisant un travail
sur lui-même et convaincu de son innocence, il arrive à se forger
une raison qui lui permet de supporter les privations des libertés.
L. S. : Et comment vit-il son éloignement de sa
famille ?
A. B. : Il
est évident que pour tout détenu, l’absence de la famille pèse
lourdement sur ses responsabilités familiales. Il lui arrive de les voir
lors des visites à la prison, mais sans pour autant leur manifester un
quelconque signe de découragement.
L. S. : Et vis-à-vis de son métier ? Le fait de ne pas écrire ne lui manque-t-il pas ?
A. B. :
Vous êtes de la presse,
vous êtes journalistes, vous connaissez bien Mohamed Benchicou, il ne
sait rien faire d’autre que d’être un journaliste talentueux et parfois
polémiste. On en parle parfois, il avoue avoir travaillé sans
haine, sans mépris à l’égard de quiconque. Son seul souci
c’était de mettre son quotidien au service du citoyen et de la société.
L. S. : Quand il n’est pas au tribunal que fait-il de
ses journées et comment vit-il quotidiennement son incarcération
?
A. B. : De
par sa personnalité, Mohamed Benchicou, pour nous, «ami Mohamed»
pour ses codétenus, jouit de l’estime de tout le monde y compris les
prisonniers. Cette entente entre co-prévenus et le respect qu’il a lui-même
du règlement intérieur de la prison font que sa détention
se trouve quelque peu acceptable. J’avoue que la situation était très
difficile pour lui les tout premiers jours de son incarcération. Depuis,
il s’est fait une raison et subit sa peine avec une certaine philosophie. Sinon,
il passe énormément de temps dans la bibliothèque de la
prison, la lecture lui permet aussi de tenir le coup.
L. S. : A-t-il une idée sur la mobilisation que
suscite son incarcération et les actions entreprises pour sa libération
? Quel commentaire en fait-il ?
A. B. :
A travers ses avocats,
sa famille, la presse quand il arrive à en avoir, il est au courant de
la tournure qu’a pris sa situation pour être éminemment politique.
Pour le reste, il ne fait aucun commentaire, il a purgé la moitié
de sa peine et dans douze mois il sera libre…
L. S. : Pour reprendre son travail de journaliste ?
A. B. :Comme
je vous l’ai dit, à part écrire Mohamed Benchicou ne sait rien
faire d’autre, ceci par conviction politique et en conformité avec son
statut personnel.
