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25 juillet 2005
Les défenseurs du directeur du Matin, emprisonné depuis 13 mois, en appellent au chef de l’État pour “mettre un terme à ce grave dysfonctionnement dont ils veulent croire qu’il est involontaire, mais qui, en tout état de cause, heurte violemment les principes les plus élémentaires qui gouvernent notre droit”.
Fait inédit
dans les annales de la justice algérienne : le dossier de pourvoi en
cassation de Mohamed Benchicou, détenu à la maison d’arrêt
d’El-Harrach depuis le 14 juin 2004, transmis par le parquet le 24 octobre 2004
est introuvable au niveau de la Cour suprême, annonce un communiqué
des avocats du directeur du Matin. La défense a fait toutes les diligences
auprès des greffes concernés, mais sans résultat, note
le même communiqué.
Première conséquence de ce
qui s’apparente à un énorme scandale : Mohamed Benchicou est mis
dans l’impossibilité de faire valoir, du moins dans les délais
raisonnables reconnus à tous les justiciables, ses moyens de cassation
contre sa lourde condamnation confirmée.
Un “égarement” qui
intervient curieusement au moment où la Cour suprême, en proie
aux lenteurs bureaucratiques, a décidé de se doter d’une chambre
spécialement chargée de traiter avec “célérité”
les pourvois relatifs aux détenus. Mais manifestement, c’est peine perdue.
“Cette situation inédite serait constitutive, si elle se perpétuait,
d’un déni de justice caractérisé et sans précédent
dans l’histoire judiciaire de notre pays”, expliquent les avocats de Mohamed
Benchicou.
Face à cette grave atteinte aux droits du justiciable,
les avocats de la défense, après avoir vainement saisi ce 17 juillet
MM. le ministre de la Justice, Tayeb Bélaïz, ainsi que le Président
et le procureur général de la Cour suprême, à l’effet
d’ordonner “toutes diligences” pour assurer le respect du droit, en appellent
désormais au premier magistrat du pays. “La défense de Mohamed
Benchicou se voit donc dans l’obligation d’en appeler solennellement à
Monsieur le président de la République, en sa qualité de
premier magistrat du pays et de garant du respect des lois, pour mettre un terme
à ce grave dysfonctionnement dont elle veut croire qu’il est involontaire,
mais qui, en tout état de cause, heurte violemment les principes les
plus élémentaires qui gouvernent notre droit”, conclut le communiqué.
Incarcéré le 14 juin 2004 suite à une sombre affaire de
bons de caisse, Mohamed Benchicou s’est vu confirmer sa condamnation à
deux ans de prison lors d’un procès en appel tenu en août 2004.
Depuis, et alors que son état de santé ne cesse de se détériorer,
il est convoqué régulièrement au tribunal d’Alger pour
répondre de plusieurs articles publiés par son journal, lequel
est suspendu depuis fin juillet 2004. Il y a quelques mois, le parquet a rejeté
une demande de mise en liberté provisoire introduite par ses avocats
en raison de son état de santé qui ne s’améliore pas et
que les moyens médicaux de la maison d’arrêt ne peuvent traiter
avec efficacité.
Cette saga judiciaire semble donc se poursuivre
par la disparition de son dossier de pourvoi en cassation. Une preuve de plus
pour Mohamed Benchicou. Peut-être une épreuve de trop.
