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 01 décembre 2005

Le journaliste Mohamed Benchicou, incarcéré à la prison d’El Harrach depuis le 14 juin 2004, Fouad Boughanem, directeur du Soir d’Algérie, et Omar Belhouchet, directeur d’El Watan, comparaissaient hier devant la cour d’appel d’Alger pour plusieurs procès pour diffamation.

 

Hier encore, le record a été détenu par le directeur du journal Le Matin qui devait répondre de six affaires pour diffamation suite aux plaintes du ministère de la Défense nationale (MDN). Quatre d’entre elles ont été renvoyées au 4 janvier prochain. Pour rappel, le chroniqueur Sid Ahmed Semiane (SAS), la publication Le Matin et son directeur ont été, en première instance, condamnés à payer des amendes. Verdict suite auquel les journalistes ont fait appel. Un fait que le magistrat de la cour d’appel d’Alger demandera à Mohamed Benchicou d’expliquer lors des débats des deux procès traités par cette juridiction. “Ce n’est pas pour l’amende que j’ai fait appel, mais pour le principe. J’estime que la chronique de SAS et l’article signé par la journaliste Ghada Hamrouche ne sont en aucun cas diffamatoires. Le premier a fait une chronique et c’est un style journalistique, le journaliste a recueilli des propos et c’est aussi un style d’écriture ; en quoi sa responsabilité est-elle engagée ?” Le journaliste incarcéré ne terminera pas sa phrase, interrompu par un magistrat qui ne comprenait pas pourquoi le chroniqueur s’en prend, et souvent, aux généraux. “Ce sont des hommes publics, et tout homme public est soumis à critique ou à commentaire…“ Notre confrère n’a pas le temps de terminer sa phrase, apostrophé, une fois encore, par un juge qui considère que les écrits portent atteinte aux généraux Lamari et Toufik. “Où sont les termes diffamatoires ? Qu’on nous les précise (..) quand on a écrit pour défendre l’institution au moment où elle était ciblée par le “qui-tue-qui ?”, on nous a traités de journal de l’armée. Quand on évoque un général dans une chronique au style bien particulier on dit que nous sommes contre l’armée.” Un commentaire que fera le président de la cour qui, sur un ton théâtral, demande au journaliste pourquoi il “n’écrit pas pour parler de l’eau, du ciel ou des problèmes des citoyens”. Le magistrat fera la même remarque à la journaliste présente à la barre aux côtés de Mohamed Benchicou. “J’ai fait mon métier de journaliste. Quant à traiter des problèmes des citoyens, je ne fais que cela, je vous renvoie au journal Le Matin pour en juger…” La réponse est ignorée, le magistrat persiste et demande à Mohamed Benchicou s’il a des preuves quand il avance que les généraux orientent la tendance d’une élection donnée. Une remarque qui fait sourire notre confrère, visiblement très fatigué, et une bonne partie de l’assistance. “Si on me poursuit pour cela, alors qu’on poursuive les partis de l’opposition et les citoyens qui affirment qu’il y a fraude lors des élections !” “Avez-vous un document pour le prouver ?” Dialogue de sourds. Le journaliste “abdique”. Le jugement est apparemment fait, il ne sert à rien de tenter d’expliquer ou encore de se défendre. Un sentiment que traduira dans sa plaidoirie Khaled Bourayou. “Le journaliste est toujours coupable quand il écrit ! Qu’on prenne une décision de fermer tous les journaux et on n’en parle plus !”. Le procureur avait, quelques minutes auparavant, demandé une amende de 2 millions de centimes. En première instance, les journalistes avaient été condamnés à six mois de prison avec sursis et une amende. Verdict la semaine prochaine. Il en sera de même pour le procès opposant Le Soir d’Algérie à Mohamed Bedjaoui, l’actuel ministre des Affaires étrangères, alors président du Conseil constitutionnel. En première instance, et bien que Mohamed Bedjaoui ait retiré sa plainte, Fouad Boughanem a été condamné à deux mois de prison et une amende. Hier, le procureur a requis la peine maximum. Il est à noter que les procès en appel opposant le directeur du du Matin au ministre de l’Energie, Chakib Khelil, et à l’homme d’affaires émirati, Al Shorafa. Ces deux affaires n’ont toujours pas été programmées au motif que l’un des assesseurs du président de la cour est le magistrat qui a instruit ces deux dossiers. Pour rappel, en première instance, Mohamed Benchicou et quatre de ses collaborateurs ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de 3 à 6 mois.