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31 janvier 2006
Déclaration lue au cours du rassemblement du 30/01/2006, pour saluer le combat pour la liberté de la presse et la liberté d’expression.
“Ils ont essayé, hier, d’éteindre notre plume avec
le souffle de la mort et ont dû abdiquer devant son immortalité.
Ils ont essayé, hier, d’éteindre notre plume avec le vent de l’exil
et ont trébuché sur nos racines. Regardez-les qui s’acharnent
aujourd’hui à vouloir l’éteindre avec le glaive du juge et le
froid de la prison. Alors, levons-nous, Bachir mon frère, et annonçons
à partir de nos geôles, toi, de ton cachot d’El Bayadh, moi, de
ma cellule d’El Harrach, au milieu des fils de notre peuple annonçons
aux cœurs qui battent pour le destin algérien, annonçons aux montagnes
fatiguées et aux mémoires outragées, à notre terre
orgueilleuse et aux printemps inexorables, à nos femmes résolues
et aux hommes humbles, annonçons que la flamme de la plume libre attisée
par les braises des serments faits aux martyrs a déjà triomphé
du froid de la prison. Jurons de nos bagnes, Bachir, que nous la garderons allumée
tant que durera la nuit sur notre peuple, car notre plume lui appartient et
que nous lui sommes redevables de mille lumières. Elle l’éclairera
obstinément comme un phare insolent planté dans l’océan
du malheur pour indiquer les rades de l’espoir”.
QASSAMAN
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Comme nous le craignions, l’année 2006 débute avec l’emprisonnement
d’un autre journaliste. Bachir Larabi s’en est allé rejoindre derrière
les barreaux Mohamed Benchicou, enfermé depuis 19 mois et seize jours
dans une cellule d’El-Harrach. 18 journalistes au moins, condamnés à
la prison ferme courant 2005, risquent, à leur tour, d’être embastillés
à tout moment. D’autres journalistes sont désormais éligibles
à la prison et au vu de la cascade de procès intentés aux
journalistes, nous redoutons une véritable hécatombe dans les
rangs de la presse dans les prochains jours. Ce triste palmarès, détenu
par l’Algérie des années 2000, est le résultat d’un climat
de tension sciemment entretenu par le régime pour tuer ce qui reste de
liberté dans la presse, avant de liquider les autres libertés.
Toutes les libertés. Parce que la liberté de la presse est mère
de toutes les libertés. Parce qu’il ne saurait y avoir de débat
public, démocratique et sain en l’absence de médias libres et
de journalistes indépendants. Parce que sans liberté d’expression,
l’Etat de droit, le pluralisme et la démocratie tant vantés par
nos gouvernants sont tout simplement un leurre, nous
disons non à la mise à mort de la liberté de la presse
!
Nous, signataires de la présente déclaration : journalistes, organisations
de défense des droits de l’homme, syndicats, partis politiques, organisations
de la société civile..., citoyens exigeons :
1- la cessation immédiate du harcèlement systématique sauvage
qui a pris pour cible les journalistes ;
2- la libération de Mohamed Benchicou et Bachir Larabi et la relaxe des
journalistes condamnés à des peines de prison ferme ;
3- l’abolition des articles prévoyant des peines de prison et des amendes
exorbitantes pour diffamation : l’article 144 bis s’étant révélé
à l’application une arme absolue pour détruire massivement la
presse ;
4- l’adoption d’une loi qui promeut la liberté de la presse et protège
le journaliste dans l’exercice de son métier, tel qu’il en existe dans
les régimes démocratiques, en remplacement de l’actuel code de
l’information.
Pour appuyer le combat pour la liberté de la presse et la liberté
d’expression en Algérie, nous appelons instamment :
- les instances onusiennes concernées ainsi que les ONG de défense
des droits de l’homme à exiger de l’Etat algérien de se conformer
aux conventions et pactes internationaux relatifs à la liberté
d’expression et à la liberté de la presse, auxquels l’Algérie
est partie ;
- les partenaires politiques et économiques de l’Etat algérien,
notamment l’Union européenne à travers l’application de l’article
2 de l’accord d’association, à user de toute leur influence pour le respect,
par les pouvoirs publics, de la liberté d’expression en Algérie,
tel que l’imposent les règles qui fondent leurs relations en matière
de politique étrangère et les principes officiellement proclamés
par leurs plus hauts dirigeants politiques.
Alger, le 30 janvier 2006
