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06 août 2005
Chaque jour qui passe aiguise notre
peine de devoir continuer la lutte sans toi cher Mohamed Benchicou. Plus qu’un compagnon des combats nobles
qui manque à l’appel des femmes et des hommes avides de justice et de
droit, ton absence même temporaire parmi nous donne un goût amer
à nos victoires arrachées et construites de sang, de la sueur
et des sacrifices des centaines de tes semblables.
Mohamed Benchicou, tu
manques à ta famille, tu manques à nous tous : ton style et ta
verve n’ont pas séché dans nos esprits impatients de renouer avec
tes chroniques pertinentes, insoumises et dont forcément fort encombrantes
pour un régime en crise structurelle et un système en danger de
remise en cause de ses phobies bâties sur les décombres révoltants
des espoirs et promesses de lendemains de l’indépendance brisés
sur l’autel d’ambitions personnelles, confondues avec les intérêts
de la nation, des intérêts restreints de groupes de type archaïque
sans commun rapport avec l’Algérie et le peuple algérien. La disparition
du journal Le Matin ne finit pas de nous étonner et surtout de nous révolter.
Son absence chaque matin des kiosques est ressentie par la population et militants
engagés comme une violation grave de la liberté de la presse et
une insulte à la liberté d’expression et d’opinion. Un fait de
lèse-majesté ! Les nombreuses et nombreux lecteurs du Matin comme
ils guettent tous les jours avec force la libération de Mohamed Benchicou
attendent le retour de leur cher espace de liberté.
Ceux (se sont-ils
rendu compte aujourd’hui de leur inique bavure politico-judiciaire ?) qui t’ont
fait condamner avec une célérité qui contraste beaucoup
avec la légendaire lenteur bureaucratique de l’appareil judiciaire national
un certain 14 juin 2004 pour des chefs d’accusation brodés sur mesure
ont aussi agi ainsi pour te faire payer ton soutien personnel actif et celui
du journal Le Matin au mouvement citoyen des archs lors d’occasions de grande
mobilisation populaire contre les élections alibi des municipalités,
législatives de 2002 et la présidentielle d’avril 2004.
D’autre
part, l’historique marche noire du 14 juin 2001 à Alger est en fait restée
au travers de la gorge des tenants du régime au point où ils ont
la vaine conviction de l’occulter de la mémoire collective des Algériens.
En agissant de pareille façon, la bêtise les pousse de ce fait
à agir contre leur plan en inscrivant encore une fois en lettres d’or
une journée extraordinaire avec l’encre d’un journaliste : un prisonnier
de trop pour un pays qui aspire pourtant à un changement.
Mohamed
Benchicou, de l’intérieur de la prison, en résistant et en refusant
d’abdiquer, tu continues à donner des leçons de militantisme et
d’engagement en faveur des libertés, sachant bien que la menace de l’article
114 bis du code pénal pèse lourdement sur toi. Le nombre de 27
procès intentés à ton encontre en l’espace d’une année,
ponctuée par 9 procès programmés pour la journée
du 7 septembre 2005, confirme encore une fois cet acharnement judiciaire. Sinon
quelle explication peut-on donner à la disparition du dossier en appel
au niveau de la Cour suprême ? Du jamais-vu dans les annales de la justice
! N’est-ce pas là une injustice de trop te privant de ton droit de plaider
ton innocence ?
Mohamed Benchicou, ton éloignement forcé de
nous est d’autant plus aussi insupportable qu’injustifié qu’il intervient
à un moment où les sacrifices des martyrs du Printemps noir de
2001 et de tous les autres martyrs de l’Algérie démocratique et
sociale commencent à donner leurs fruits à travers le début
d’application des décisions du dialogue avec le Chef du gouvernement,
représentant de l’État algérien, pour la mise en œuvre
de la plate-forme d’El-Kseur. C’est d’ailleurs à ce titre que l’exigence
de ta libération dans les plus brefs délais demeure entière
pour les délégués du mouvement citoyen des archs. Cette
exigence une fois satisfaite permettra d’engager librement en présence
de toutes les parties un débat public et libre sur la législation
régissant l’information et les délits de presse. Cette perspective
aboutira certainement à la dépénalisation du délit
de presse dans un climat sain et sans pression pour la production journalistique.
La place des journalistes n’est pas en prison. Libérez Benchicou !
